Cependant, leurs contradicteurs ont ruiné cet argument en déclarant : « L’unité prise au sein des dix n’est pas dix ; l’un des éléments de la coupole ou de la maison n’est ni coupole ni maison ; et une partie de l’homme n’est pas un homme. »
Ainsi, pour ceux qui peinaient à reconnaître l’impossibilité d’une régression infinie des causes efficientes – tels Abû al-Ḥasan al-Âmidî et al-Abharî –, il devient alors concevable que chacune des causes soit contingente, tandis que l’ensemble ne le serait pas.
De ce fait, ces débats touchant aux fondements de la Religion et de la science se sont trouvés entachés de confusion chez les sommités des philosophes et des théologiens dialecticiens.
La parole décisive, dans ce domaine, consiste à dire que l’adjonction d’un individu à d’autres entraîne soit l’apparition d’un état dont le jugement diffère de celui des individus, soit ne l’entraîne pas.
Si elle n’introduit pas un état divergent, le jugement porté sur l’ensemble demeure celui des individus ; mais si elle implique l’établissement d’un état différent, il ne s’ensuit pas nécessairement que le jugement de l’ensemble coïncide avec celui des individus.
Exemple du premier type : le non-existant accolé au non-existant ; la réunion de l’un à l’autre ne le fait pas sortir de la non-existence. De même, joindre l’être nécessaire à l’être nécessaire, le contingent au contingent ou l’existant à l’existant ne modifie pas leur caractère – sauf si les deux sont contradictoires.
Exemple du second type : les membres de l’homme ou d’un autre animal, les parties d’une demeure, d’une maison, d’une cité, etc. ; l’agrégation de ces parties fait que l’ensemble devient un être vivant, une maison ou une ville. De même, les unités constituant la dizaine ou le millier deviennent, par leur conjonction, dix ou mille. Il en va ainsi de toute réalité composée : c’est par la réunion qu’elle acquiert une structure que ne possèdent pas les éléments isolés ; il en est de même pour les segments de ce qui est long.