Restreindre les phénomènes extraordinaires aux seules forces astrales, naturelles ou psychiques propres à l’être humain relève d’une ignorance et d’un égarement plus profonds encore que ceux des polythéistes et des Sabéens. Pour éclaircir la question, il faut savoir qu’au fond, l’énoncé de ces gens aboutit à la négation du Créateur.
Ils se divisent en deux catégories : les naturalistes (ṭabâʿiyyûn) et les théistes (ilâhiyyûn). Quant aux naturalistes, ils refusent d’admettre l’existence d’un être au-delà de la sphère céleste et de ce qu’elle renferme. Leur thèse revient à dire que le monde est, par lui-même, nécessairement existant, sans Artisan ni Agent. C’est là précisément la négation que professait Pharaon lorsqu’il renia le Seigneur des mondes et, par dérision, dit à Moïse : « Qu’est donc le Seigneur des mondes ? » Il s’agissait d’une question de dénégation, non d’une demande d’information, contrairement à l’opinion de celui qui prétend qu’il demandait à Moïse la « quiddité » de Dieu ; or, Celui dont il est question n’a pas de quiddité au sens des créatures, et Moïse s’abstint donc d’aborder cette notion, car pareille prétention est vaine.
En réalité, la question de Pharaon n’était qu’expression de négation et de refus ; aussi Moïse lui répondit-il d’une manière qui établit contre lui la preuve et montre que le Seigneur est parfaitement connu et reconnu, qu’il n’existe aucune voie pour Le nier ou Le rejeter. Pharaon, au fond de lui-même, L’admettait, bien qu’il Le reniât ouvertement, ainsi qu’Allâh — Très-haut soit-Il — l’a dit : « Ils les rejetèrent iniquement et orgueilleusement, alors que leurs âmes en étaient convaincues »; et comme Il rapporte la parole de Moïse à Pharaon : « Tu sais pertinemment que ceux-ci n’ont été révélés que par le Seigneur des cieux et de la terre comme preuves éclatantes; pour ma part, ô Pharaon, je te tiens pour voué à la perdition. »
La position affichée par Pharaon correspond donc à celle des négateurs parmi les naturalistes. Quant aux théistes éternistes (dahriyyûn ilâhiyyûn) qui soutiennent l’éternité du monde et son émanation d’une cause première éternelle, tel Ibn Sînâ et ceux qui lui ressemblent, ceux-là, bien que