« Je n’ai créé aucune créature plus honorable auprès de Moi que toi » ; pourtant, selon eux, il s’agirait du premier des êtres émanés. Cet énoncé implique également que l’intellect est bel et bien créé, alors que, pour eux, la réalité même de la création est exclue non seulement à propos de l’intellect premier, mais aussi à propos de l’univers : à leurs yeux, il n’est qu’un effet (ma‘lûl) et un être produit (mubdaʿ).
Cependant, ils détournent les mots de leur sens véritable et déclarent : « Le monde est muḥdath (originairement produit) et créé ». Par « muḥdath », ils entendent qu’il est un effet : possible par lui-même, nécessaire par un autre, et que son existence provient d’un autre et non de lui-même ; ils entendent la même chose lorsqu’ils disent « créé ». Or il est indubitable que les gens de la langue n’entendent pas par « muḥdath » et « créé » un sens impliquant qu’il soit ancien, éternel, sans commencement ni fin ; bien au contraire, chez eux, l’apparition (ḥudûth) contredit l’éternité, tout comme la création. La langue n’admet d’aucune manière que l’éternel, celui qui n’a ni début ni fin, puisse être qualifié de muḥdath ou de créé.
De plus, le terme « créé » est, dans leur usage, plus fort que « muḥdath » ou « ḥâdith » : toute chose créée est muḥdath et contingente, d’un commun accord entre linguistes et théologiens. Quant à savoir si toute chose contingente et muḥdath est nécessairement créée, c’est une question sur laquelle les savants du kalâm et les spéculatifs ont divergé. La langue n’exige pas que tout ce qui est contingentaire soit qualifié de « créé », car est dit « créé » ce qu’un autre a fait advenir, et l’acte de création implique à la fois l’invention (ibdâʿ) et la mise en forme (taqdîr). Le simple mot « ḥâdith » n’implique pas, en lui-même, qu’il soit l’œuvre d’un agent ; même si l’on disait « muḥdath », le concept de création demeure plus spécifique que celui d’apparition.
Par ailleurs, le ḥadîth rapporte : « C’est par toi que Je saisis, par toi que Je donne, par toi s’opère la récompense et par toi s’accomplit la sanction. » Il indique ainsi qu’Allâh accomplit, par son intermédiaire, ces quatre actes. Cela correspond à l’intellect humain, qui est un accident inhérent à l’homme. Quant à l’« intellect » qu’ils revendiquent, il aurait, selon eux, fait surgir les cieux, la terre et ce qui se trouve entre les deux ; il serait, à leurs yeux, le seigneur de l’ensemble des mondes. Comment concilier alors cette conception avec un être par lequel Allâh ne ferait que quatre actions ? Le développement détaillé à leur sujet est exposé ailleurs.