C’est pourquoi, à leurs yeux, la prophétie est devenue une qualité que l’on acquiert ; nombreux sont donc, parmi les Anciens comme parmi les Modernes, ceux qui aspirent à devenir prophètes. Certains en viennent même à s’imaginer prophètes et à prétendre instaurer une loi qui abrogerait les prescriptions des envoyés, ainsi qu’il en advint aux imâms ismaïliens bâtinites et à leurs semblables. La part de prophétie qu’ils admettent effectivement se réalise, et des degrés plus élevés encore peuvent être obtenus par des individus dotés d’une vertu scientifique et pratique.
Cependant, les gens de science et de foi envers les messagers savent que leur relation aux prophètes est du même ordre que celle des auteurs de visions véridiques vis-à-vis des prophètes. La vision véridique, en effet, constitue une part sur quarante-six de la prophétie, ainsi que cela est établi dans les Ṣaḥîḥ d’après le Prophète — que les bénédictions et la paix d’Allâh soient sur lui. De même, il est rapporté dans les Sunan qu’il a dit :
« La bonne guidée, l’attitude droite et la modération forment une part sur vingt-cinq de la prophétie. »
Par ailleurs, il est authentiquement rapporté de lui, dans les deux Ṣaḥîḥ, qu’il a dit :
« La foi comporte plus de soixante-dix — ou plus de soixante — branches : la plus haute est la parole : “Il n’est de divinité digne d’adoration qu’Allâh”, la plus basse consiste à ôter de la voie ce qui est nuisible ; et la pudeur est une branche de la foi. »