ainsi que la résurrection des quatre oiseaux après leur démembration, la descente de la Table céleste, et bien d’autres prodiges encore que nous avons signalés.
Deuxième point : il ne faut pas imaginer que cela constitue l’essence même de la prophétie, ni que quiconque réunit les qualités qu’ils ont décrites devienne par là prophète. Il arrive, en effet, que nombre de simples croyants atteignent ces trois dispositions – et même des états plus accomplis : ils acquièrent en eux une force cognitive et une force pratique grâce auxquelles ils exercent une influence, et reçoivent une perception intérieure par laquelle ils voient et entendent au-dedans d’eux-mêmes, tout en demeurant de simples croyants. Celui donc qui érigerait ces dispositions en définition et en terme ultime du prophète serait dans l’erreur, reniant la réalité de ce qu’Allâh a réservé en propre à Ses prophètes.
Le propos est que les vertus réelles qu’ils reconnaissent aux prophètes ne sont pas contestées ; toutefois, se borner à ces seules vertus est erroné, et prétendre qu’elles sont la cause de leurs miracles l’est tout autant.
Troisième point : sache que la prophétie ne s’obtient ni par l’effort humain ni par la seule préparation intérieure, comme on acquiert les sciences apprises ou la religiosité acquise. Ces gens-là n’ont pas estimé Allâh à Sa juste mesure, ni donné aux prophètes le rang qui leur est dû, lorsqu’ils ont imaginé que, pourvu qu’un homme soit disposé à parfaire la purification et la réforme de son âme, les connaissances se déversent sur lui depuis l’« intellect agent » (al-ʿaql al-faʿʿāl) comme la lumière se reflète sur le miroir poli lorsqu’il est astiqué et placé face au soleil. Selon eux, l’obtention de la prophétie n’est pas un acte qu’Allâh réalise par Sa volonté et Sa puissance ; ce n’est que l’afflux de ce rayonnement sur un être préparé, à l’image du rayon qui frappe un corps lisse et brillant. De là, beaucoup d’entre eux en vinrent à convoiter la prophétie, comme on le rapporte d’un groupe parmi les anciens Grecs et comme on le voit encore chez certains à l’époque de l’Islam.