« Ceux-là sont comme des bestiaux, mais plus égarés encore ; ce sont eux, les insouciants. » – et les exemples de ce genre sont nombreux.
Il s’agit ici de montrer qu’Allah a privilégié les prophètes par des vertus, des qualités louables et un noble caractère qui les distinguent des autres. Ainsi, celui qui affirme qu’Allah a gratifié le Prophète de forces internes particulières et veut par là établir ses spécificités et ses mérites dit vrai. De même, s’il soutient que ces caractéristiques sont la cause de phénomènes extraordinaires par lesquels Allah les honore – devenant ainsi miracles (muʿdjihât) et karâmât – ou que ces mêmes vertus comportent en elles-mêmes une rupture de l’ordre habituel, cela n’est pas contesté. Toutefois, la discussion se poursuit sur plusieurs points :
Premier point : il ne faut pas croire que toutes les manifestations extraordinaires trouvent dans ces seules forces leur origine ; une telle idée est assurément fausse. Certes, nous nions pas qu’Allah puisse conférer aux prophètes des vertus par lesquelles Il viole pour eux l’usage établi, et nous n’excluons pas que ces vertus soient la cause d’autres entorses à l’ordre courant. Cependant, la prétention de ceux qui affirment que les pouvoirs dont les prophètes ont été dotés – lesquels les élèvent au-dessus des autres – sont nécessairement à l’origine de toutes les sortes de signes, d’informations divines et de miracles survenant dans l’univers, dans les cieux, la terre, l’air, les nuages, les animaux, les arbres, les montagnes, et ainsi de suite, est erronée. En effet, parmi ces phénomènes, certains ne peuvent absolument pas avoir pour cause les forces de l’âme : soit parce que l’âme en est incapable, soit parce que ces réalités refusent de se prêter à son influence. De même, l’âme humaine ne saurait arrêter la course du soleil, ni fendre la lune, faire trembler le Trône, disperser les astres, changer un morceau de bois en un immense serpent, faire surgir une chamelle de la terre, ni rendre la vie aux morts et aux animaux.