Il n’existe, parmi les créatures, aucun être unique duquel émane, à lui seul, quoi que ce soit ; pas davantage n’y a-t-il de cause indépendante de son effet, absolument dépourvue d’associé. Quant à ce qu’affirme une fraction des théologiens spéculatifs, à savoir que la science serait la cause de l’« état de savant » (al-ʿālimiyya), cela n’a, pour la plupart d’entre eux, aucune réalité : l’« état de savant » ne constitue pas un attribut ajouté à la science. Les maîtres des « états spirituels » qui, eux, ont soutenu qu’il s’agissait d’un ajout à la personne du savant, précisent d’ailleurs que cet ajout n’est pas d’ordre existentiel. Il s’ensuit qu’il n’y a, dans l’existence, aucune cause qui soit indépendante de son effet sans qu’aucun associé n’y participe.
Il apparaît donc clairement que l’allégation selon laquelle l’Être nécessaire serait une cause autonome par rapport à Son effet contredit le réel. Leur prétention voulant qu’un « Un » simple puisse être une cause complète et indépendante de son effet s’oppose également à l’ordre établi ; la raison ne l’atteste pas, au contraire, elle la déclare nulle et non avenue.
Ce que la raison établit, c’est que rien, dans l’absolu, ne procède d’un être unique sans l’association d’un autre principe. Si donc le monde était un effet engendré par Allah, il faudrait qu’un principe lui fût conjoint afin que la génération procédât des deux à la fois ; car toute génération requiert deux origines. Affirmer causalité et génération revient ainsi à consacrer l’existence d’un associé dans la création du monde : c’est une conséquence dont ils ne sauraient se défaire, et cela sous un autre angle encore.
Les événements contingents que l’on observe dans l’univers ne sauraient, en effet, émaner d’une cause éternelle et complète ; une telle cause impliquerait son effet, lequel serait alors coéternel avec elle et ne serait donc pas créé. Il faut donc que les contingences aient un autre auteur que cette cause éternelle et complète ; ce qui équivaut, une fois de plus, à attribuer à Allah – exalté soit-Il – un associé chargé de produire ces événements, assertion manifestement infondée.
Car l’être que l’on suppose producteur des contingences : s’il est créé, il appartient lui-même au domaine du contingent et requiert un créateur ; et s’il est éternel, les contingences procéderaient dès lors d’un éternel. Or, s’il était une cause éternelle et complète, la survenue d’événements nouveaux deviendrait impossible ; et s’il agissait par choix, de sorte que les événements émanent de lui, leur doctrine s’effondrerait, qu’ils prétendent qu’il soit devenu producteur après ne l’avoir pas été – sans cause survenue – ou qu’ils assurent qu’il ne cesse jamais d’agir et de disposer, par un acte volontaire subsistant en son essence.