D’autres, encore, voyaient les démons leur apporter des aliments dérobés aux boutiques des gens ; semblable fait est arrivé à plus d’un, en notre temps comme en d’autres époques. Ainsi, un groupe reçut une confiserie venue des airs ; cette friandise volée fut reconnue, son propriétaire constata sa disparition, le récipient dans lequel elle se trouvait fut décrit, et l’on lui restitua son prix. Ces faits, et d’autres analogues, nous sont connus de façon certaine, par une transmission multiple et récurrente.
Or, si les djinns peuvent transporter un homme d’un lieu à un autre, lointain, à travers les airs, lui amener des biens depuis un endroit éloigné et l’informer de choses absentes aux présents, il est évident que ces prodiges ne relèvent pas des seules forces de l’âme, mais bien de l’action des djinns. Et si les djinns sont capables de cela, les anges leur sont, certes, supérieurs : plus puissants, plus accomplis et plus vertueux.
De telles réalités, admises par les adhérents des religions — musulmans, chrétiens et juifs —, la majorité des philosophes les reconnaît également. Leurs ouvrages consacrés aux sciences spirituelles regorgent de récits semblables, ainsi que de multiples formules d’incantation et d’exorcisme ; ils sont remplis de serments contraignant les djinns ou prononcés par eux, d’invocations qui leur sont adressées et de requêtes qu’on leur soumet.
Quant à ceux d’entre eux qui s’entretiennent avec les astres, et chez qui descend ce qu’ils appellent « l’esprit des astres », il s’agit en réalité d’un démon qui s’abat sur l’un d’eux, l’informe de certaines choses et agit pour lui de diverses manières ; cela est, chez eux, établi par une transmission récurrente.
Ainsi, quiconque prétend que ces phénomènes extraordinaires procèdent uniquement des âmes et nie l’existence des djinns et des démons, ainsi que leur influence dans les informations et les prodiges, se trouve dans l’erreur, de l’avis unanime des gens des religions et de la majorité des philosophes ; son mensonge est patent pour quiconque connaît ces réalités par l’observation directe ou par des récits avérés.