Le fait que ‘Îsâ – paix sur lui – ait fait descendre chaque jour du ciel la Table servie d’olives, de poissons et d’autres mets appartient aux phénomènes qui dépassent totalement les facultés de l’âme ; car l’action de l’âme sur la matière première du monde n’opère qu’à la mesure de la réceptivité de cette matière, et le fait de suspendre une telle Table dans l’air ne relève nullement de ce que l’air peut recevoir. De plus, l’influence de l’âme sur les corps simples demeure simple : elle ne comporte pas une composition pareille, pas plus que l’âme ne possède, parmi ses pouvoirs, celui de créer un être vivant dans le ventre de sa mère sans union conjugale, ni d’autres prodiges analogues qui contreviennent aux lois habituelles ; eux-mêmes reconnaissent que, même si les puissances de l’âme exercent un effet dans le degré le plus élevé, cet effet n’atteint jamais ce niveau. De même, les forces du corps sont connues : marcher, courir, etc. ; mais aucun corps n’a la puissance de porter une montagne, ni six cités, sur ses épaules, ni celle de voler dans les airs, et autres choses du même genre. Il apparaît donc qu’ils admettent que ces prodiges ne peuvent être rapportés aux forces de l’âme.
Cinquièmement, nous disons : nous ne nions pas que l’âme puisse obtenir un certain dévoilement, à l’état d’éveil ou en rêve, lorsque son lien avec le corps se relâche, que ce soit par ascèse ou autrement ; c’est ce que l’on appelle le dévoilement psychique. Toutefois, il a également été établi, par des arguments rationnels comme par les preuves scripturaires, que les djinns existent et qu’ils transmettent aux hommes des informations qui leur sont cachées, comme on le voit chez les devins, les possédés et d’autres encore. Les gens entendent en effet, de la bouche du possédé, divers propos, des nouvelles concernant l’invisible, des langues étrangères, et ils savent de manière certaine que cela dépasse les capacités de cet être humain ; il en va de même pour certains dévots.