La connaissance de l’invisible lui survient à l’état de veille comme elle lui survient durant le sommeil. Ils ont prétendu que la cause en est que la science des événements est gravée dans l’Intellect agent ou dans l’Âme céleste ; lorsque l’âme raisonnable s’y relie, elle la saisit. Il arrive alors que l’imagination l’exprime sous forme d’image, et il arrive qu’elle ne l’exprime pas. Le facteur permettant cette connexion de l’âme est l’affaiblissement de son attachement au corps ; et cet affaiblissement provient tantôt d’une démence ou d’une maladie, comme il atteint les tempéraments mélancoliques, tantôt d’un excès de faim, de fatigue ou d’autres états analogues, tantôt encore d’un exercice spirituel de l’âme. Ces trois états – l’abstinence de nourriture pendant un certain temps, la vigueur corporelle et les avertissements reçus par les songes et ce qui s’y assimile – peuvent se produire aussi bien chez le musulman que chez le mécréant, chez le pieux que chez le pervers ; ils constituent la cause des phénomènes extraordinaires et de l’action de l’âme sur les éléments. En effet, de même que l’âme agit sur son propre corps en le mettant en mouvement et en le faisant passer d’un état à un autre, il se peut qu’elle agisse sur un élément du monde, lequel devient alors pour elle comme un corps ; elle produit ainsi des effets tels que les tremblements de terre, la descente de la pluie et autres choses semblables. Il a dit : celui à qui cela échoit par la constitution même de son âme, tout en étant bien guidé et en purifiant la sienne, possède là une muʿjizah parmi les miracles des prophètes et une karâmah parmi les karâmât des saints alliés (awliyâ’) ; et celui à qui cela advient tandis qu’il est malfaisant