Et cette négation n’est appuyée par aucune preuve ; nul argument ne la soutient. Or, de même que l’affirmateur doit produire une preuve, le négateur y est tenu également. Il affirme : « Il n’y a rien d’absurde à rejeter ce dont tu n’as pas encore pénétré la sagesse, pas plus qu’il n’y a d’absurde à admettre pour vrai ce dont la démonstration ne s’est pas encore dressée devant toi. » Il en va ainsi de leur dénégation des djinns et des anges : ces gens sont sommés d’établir une preuve en faveur de leur négation, mais ils n’en disposent d’aucune. Ils ont seulement traité de mensonge ce qu’ils ne pouvaient cerner par la connaissance et dont l’interprétation ne leur est pas encore parvenue. Cela mérite d’être relevé, car l’argument central de leur limitation viciée repose sur la négation et le démenti, sans aucun savoir.
De plus, nous savons, nous et d’autres, par l’observation directe, par des récits transmis de manière mutawâtir, et par des preuves certaines, que cette restriction est caduque ; en effet, il se produit dans ce monde maints événements, suscités par des êtres vivants doués de parole, qui ne relèvent ni des âmes des fils d’Adam, ni des corps élémentaires, ni de la sphère céleste et de ses forces.
Ibn Sînâ a, pour sa part, rappelé — lorsqu’il traita de l’établissement des faits extraordinaires selon les principes de ses confrères philosophes, lesquels prétendent que l’Agent de l’univers agit par nécessité de Son essence, sans puissance ni volonté, et qu’il est impossible que les sphères se fendent ou que ce monde subisse un quelconque changement — que ces derniers nient, ou que beaucoup d’entre eux nient, nombre d’étrangetés qu’Ibn Sînâ et ses semblables reconnaissent ; car les « métaphysiciens » parmi les philosophes admettent bien des choses que leurs collègues naturalistes récusent.
Ainsi, lorsqu’il eut exposé la possibilité des prodiges qu’il tenait pour authentiques et qu’il en présenta la preuve