Dès lors, leur propos se trouve plus proche de la vérité, tandis que le vôtre apparaît plus digne d’être déclaré caduc ; la nullité de votre thèse se trouve ainsi établie dans les deux cas.
Pour l’exposer clairement, disons que la validité de votre opinion suppose d’abord que les forces psychiques puissent réellement produire de tels effets. Or, sur ce point, ceux qui vous contredisent sont plus nombreux que ceux qui, avec vous, admettent l’influence des natures : la majorité des philosophes et des naturalistes ne reconnaissent pas ces forces comme ils reconnaissent que le feu chauffe, que le pain rassasie et que l’eau étanche la soif. Ensuite, quand bien même l’efficacité des forces de l’âme serait admise, il resterait impossible de prouver qu’elles interviennent dans ces phénomènes grandioses. Il vous faudrait de surcroît écarter l’existence d’autres causes que celles-là. Après tout cela, la question des causes et des effets demeurerait encore à traiter : il vous faudrait des démonstrations colossales que vous n’êtes pas en mesure d’établir avant même d’aborder la question des causes, et vous vous retrouveriez alors, vous et vos contradicteurs parmi les mutakallimûn — Muʿtazilites, Ashʿarites et assimilés — sur un terrain commun.
Quant à la majorité des musulmans, ils ne nient pas l’existence de relations causales, ni dans les corps inanimés ni chez les êtres vivants, comme il a déjà été mentionné. Ils reconnaissent tout ce qu’atteste une preuve valable, qu’elle soit scripturaire ou rationnelle. Et bien que nous ayons montré que la méthode des théologiens spéculatifs est, aux yeux des textes et de la raison, plus proche de la vérité que celle des philosophes, ces mêmes théologiens reconnaissent les lacunes et les défauts de leur propre voie : ils rejettent une part de la vérité et s’attachent à une part de fausseté.