Quant aux Sâlimiyya et à d’autres, ils sont plus proches de la concordance avec la raison explicite et la transmission authentique, quand bien même chacun d’eux comporte des erreurs que l’autre ne partage pas. Pour ce qui est des Salaf, des imâms, des grands maîtres du hadith, de la Sunna et du Groupe (ahl al-ḥadîth wa-s-sunna wa-l-jamâʿa), ils constituent la faction la plus en accord avec la raison saine et la transmission sûre. La discussion détaillée de questions de cette nature se trouve ailleurs ; nous ne l’avons évoquée ici que parce que les miracles figurent parmi les phénomènes contingents, et l’apparition de ces phénomènes a suscité, au sein des diverses écoles, les propos que nous avons signalés.
Le propos visé ici est donc de démontrer la nullité de l’opinion selon laquelle leurs causes seraient des forces psychiques. Nous avons indiqué que les Ashʿarites – ainsi que les Muʿtazilites et consorts qui les suivent – rejettent cette thèse conformément à leurs principes, ces derniers l’invalidant parce qu’ils soutiennent que la puissance d’Allah est l’agent de tous les événements. Quant aux Muʿtazilites, ils ne nient pas l’effet produit par un être vivant doué de capacité, mais nombre d’entre eux récusent l’influence des âmes.
Lorsque le philosophe objecte : « L’opinion de ces gens est caduque puisque l’existence des forces et des natures est avérée », on lui répond : « Le postulat sur lequel tu fondes cette objection est plus caduc encore que leurs opinions ; car tu l’as érigé sur l’idée que l’Auteur du monde agit nécessairement par son essence, qu’Il est une cause complète indissociable de son effet. Or la raison claire a démontré la fausseté de cette doctrine et le fait qu’elle implique l’inexistence d’un créateur pour les phénomènes contingents. Dans ces conditions, il ne t’est pas permis d’annuler leur parole tout en validant la tienne : soit les deux paroles sont nulles, soit l’une d’elles seule est juste. »