Il est ensuite né de cette question une autre controverse : certains ont en effet prétendu que les sons que l’on entend du récitant – ou qu’une partie de ces sons – constituent la Voix d’Allâh. Ils ont fondé cette opinion sur le principe précédemment évoqué, en disant : « Les sons ne relèvent pas de la capacité des serviteurs, ils ne sont ni leurs actes ni le fruit de leur acquisition ; ils sont attribués à Allâh et on les rapporte à Lui selon la nature de cette attribution : s’ils accompagnent la parole des serviteurs, on les rapporte à Lui au titre de création ; s’ils véhiculent la Parole d’Allâh, on les rapporte à Lui au titre d’attribut. Ils se manifestent dans l’être contingent sans y résider, et leur apparition coïncide simplement avec le mouvement du serviteur. »
Or cette parole – bien qu’elle ait été professée par un groupe parmi ces gens – est reconnue comme fausse par évidence nécessaire, par l’expérience sensible et par l’accord de la majorité des esprits raisonnables ; c’est un propos vicié, bâti sur un fondement vicié, et qui ne sert qu’à mettre en demeure ceux des ashʿarites qui, avec eux, soutiennent que les sons audibles ne sont pas à la portée des serviteurs. Bon nombre d’ashʿarites se contredisent en effet sur ce point : lorsqu’ils débattent avec les muʿtazilites, ils affirment que les sons des serviteurs ne sont ni en leur pouvoir ni produits par eux ; mais lorsqu’ils discutent de la question du Coran, ils les déclarent, au contraire, sous le pouvoir des serviteurs et produits par eux. Le développement détaillé de ce sujet se trouve ailleurs.
Ce qu’il importe de retenir ici, c’est que la majorité des musulmans s’en tiennent à la vérité établie par la transmission et la raison : ils soutiennent que les actes des serviteurs sont créés par Allâh, produits par Lui, tout en étant véritablement – et non métaphoriquement – les actes des serviteurs. Ils reconnaissent, dans la création et l’ordre divins, l’existence des causes et des sagesses, ainsi que les forces et les natures qu’Allâh a placées dans les corps, qu’il s’agisse des êtres animés ou des inanimés. Toutefois, malgré cette affirmation des causes et des sagesses, ils ne professent pas la doctrine des naturalistes parmi les philosophes et consorts ; ils disent plutôt : « Allâh est le Créateur et le Seigneur de toute chose. »