Ils vont plus loin encore, au point de considérer que tout ce qui résulte de l’action de l’être humain relève de son propre fait, sans reconnaître la moindre efficacité aux autres causes qui ont concouru avec lui. Or les actes de l’homme – et, de façon générale, de l’animal – se divisent en deux catégories : l’acte direct et l’acte engendré. L’acte direct est celui qui se produit dans le champ même de la capacité, tels que se lever, s’asseoir, manger et boire. Quant à l’acte engendré, il est ce qui sort du champ de la capacité, comme le départ de la flèche hors de l’arc, la tranchée de la gorge par le couteau, la douleur provoquée par un coup, et tout ce qui s’y apparente.
Les Muʿtazilites soutiennent que ces actes engendrés sont l’œuvre du serviteur, tout autant que les actes directs. Ceux qui, parmi les Ashʿarites et autres, poussent à l’extrême leur opposition aux Muʿtazilites dans les questions du décret (al-Qadar), affirment au contraire que ces phénomènes sont l’œuvre d’Allah – exalté soit-Il – et que le serviteur n’y a absolument aucune part. Bien qu’ils n’attribuent à la capacité du serviteur aucun effet dans la réalisation de l’objet voulu, ils distinguent toutefois entre ce qui se trouve dans le champ de la capacité, qu’ils considèrent comme entrant dans le pouvoir de l’homme, et ce qui en sort, qu’ils ne considèrent pas comme relevant de son pouvoir. La plupart de leurs contradicteurs estiment que de tels propos sont dénués de sens.