La volonté même (al-mashî’a), en tant que telle, suffit à faire pencher l’un des deux équivalents au détriment de l’autre, sans qu’aucune cause, hormis l’irâda, n’impose cette préférence. Ils ont soutenu que, de la même manière qu’elle entraîne le genre même de la spécification, elle entraîne également la spécification déterminée ; car désigner certains événements à l’exclusion d’autres ne résulte ni de la science seule ni de la puissance seule : il faut nécessairement un « spécificateur », c’est-à-dire la volonté.
Or, ce que la raison conçoit clairement, c’est que le genre de la volonté spécifie le genre des choses contingentes. En revanche, le fait que tel contingent particulier – plutôt qu’un autre – soit voulu n’est pas exigé par le seul genre de la volonté, à moins que l’objet voulu ne se distingue par une raison qui impose qu’il soit voulu plutôt qu’un autre, et qu’il se trouve, chez l’agent voulant, un motif l’obligeant à vouloir celui-ci à la place d’un autre. Ces auteurs ont donc prétendu que la volonté, à elle seule, spécifie un équivalent plutôt qu’un autre sans cause déterminée – ni dans l’agent voulant, ni dans l’objet voulu – alors même que son rapport à tous les objets voulus reste identique.
La majorité des esprits sensés affirment que cela est manifestement faux : dès lors que la volonté entretient un rapport égal à l’égard de tous les objets voulus, de leurs temps, de leurs qualités et de leurs formes, le fait qu’elle privilégie un équivalent plutôt qu’un autre revient à préférer sans motif. Si l’on admettait pareille chose, il serait tout aussi admissible de dire qu’un agent doté de puissance spécifie un équivalent plutôt qu’un autre sans recourir à aucune volonté ; on aboutirait alors à l’inexistence même de la volonté, comme l’affirment les muʿtazilites de Bagdad. Et si l’on admet encore cela, il s’ensuivrait une préférence