qu’un « ʿârif » demeure quelque temps sans manger ni boire, accorde-le sans difficulté, car la nature recèle des merveilles. Il appuie son propos en disant que, lorsqu’un malade voit ses forces digestives occupées à repousser la maladie, la nourriture reste conservée durant la période où il ne mange ni ne boit ; de même, lorsque l’âme du connaissant est absorbée par sa gnose, elle attire à elle les forces digestives, lesquelles ne digèrent alors plus la nourriture.
Or, ce qu’il avance ici et dans des cas analogues est dépourvu de substance ; chacun sait que lorsque l’âme est prise d’une joie intense, d’une grande colère ou d’un souci majeur, elle se détourne de la nourriture et de la boisson pour cette raison et ses causes connexes. Ce phénomène, et tout ce qui lui ressemble, ne relève ni des miracles des Prophètes ni de ce qui est propre aux saints (awliyâʾ).
C’est pourquoi les effets qu’ils décrivent demeurent, pour eux, circonscrits à leur déroulement selon la loi naturelle habituelle : selon leur conception, un agent ne saurait produire dans les substances que ce à quoi celles-ci sont réceptives. Ainsi diront-ils : l’air pouvant se transformer en eau, il est possible qu’un agent agisse sur lui jusqu’à ce qu’il devienne eau et que la pluie tombe. Il est toutefois notoire que les miracles des Prophètes transcendent les lois naturelles ; exemple en est la transformation du bâton en serpent, puis l’engloutissement, par ce serpent, des bâtons et des cordes alentour : phénomène qui échappe aux forces psychiques et naturelles, car le bois n’admet en aucune façon de devenir un animal. Il est impossible, selon les puissances naturelles, qu’un bâton se change en créature vivante — ni par la puissance de l’âme, ni par la magie, ni autrement.
Le sorcier, pour sa part, ne peut au plus qu’agir sur les accidents en produisant, par ses actes, maladies, mort et autres effets dont les autres fils d’Adam sont également capables : un homme peut bien frapper son semblable jusqu’à le rendre malade ou le tuer. Ainsi le sorcier, l’auteur du mauvais-œil et d’autres encore ne font qu’opérer au moyen des forces psychiques.