Ainsi, lorsque l’on avance que le genre même des événements contingents ne survient que par la cause d’un événement contingent, l’on veut dire qu’aucun de ces événements ne peut advenir tant qu’un événement n’a pas eu lieu ; il n’existera donc absolument aucun événement avant qu’un autre ne le précède. Or, l’événement prétendument antérieur appartient lui-même aux événements que l’on a placés après ce premier, et l’on a relégué tous les événements à sa suite ; il en résulte qu’une chose devrait, par conséquent, être antérieure à elle-même.
Quant à la formulation selon laquelle un événement déterminé ne se produit qu’à la suite d’un événement, lequel à son tour n’advient qu’à la suite d’un autre événement, elle comporte deux aspects. Si l’on entend par là qu’aucun événement ne se réalise sans qu’un autre ne le précède, il s’agit alors d’une régression infinie dans les effets ; à ce sujet, les musulmans expriment trois positions. La divergence, ici, n’oppose pas les adeptes des religions aux autres, comme beaucoup l’imaginent ; elle se trouve au sein même des adeptes des religions, et, de fait, les sommités de ces religions, parmi les gens de la Sunna et du Hadith, reconnaissent la légitimité de ce débat au sujet des Paroles et des Actes d’Allah. Ils soutiennent que le Seigneur n’a jamais cessé d’être Parlant lorsqu’Il le veut ; les Paroles d’Allah sont, selon eux, permanentes, éternelles quant à leur espèce : elles n’ont jamais cessé d’exister et n’auront jamais de fin, depuis l’éternité sans commencement jusqu’à l’éternité sans terme. Cette question, ainsi que ce qui s’y rattache, a été développée ailleurs, avec la mention de plusieurs propos d’Imams de la Sunna et du Hadith.
Quant à l’affirmation, rapportée par nombre de théologiens spéculatifs et attribuée aux adeptes des religions — musulmans, juifs ou chrétiens — selon laquelle Allah aurait demeuré de toute éternité inactif, ne parlant ni n’agissant en rien, puis qu’auraient soudain surgi Paroles et Actes sans cause contingente, il s’agit là d’une assertion qu’aucun des Livres d’Allah n’a jamais formulée : ni le Coran, ni la Torah, ni l’Évangile, ni le Zabour. Aucune transmission ne la rapporte d’un Prophète d’Allah, et aucun Compagnon ne l’a jamais avancée.