Au contraire, tout ce qu’ils s’efforcent réellement d’établir, c’est la nécessité d’une permanence de l’acte de l’Agent. Or, si l’on suppose que Son acte soit, par essence, continu, se produisant successivement, chose après chose, leur thèse s’effondre ; et si l’on suppose que chaque effet soit créé et qu’il soit précédé d’un autre effet créé, leur thèse s’effondre tout autant.
Deuxièmement, on dira : ce raisonnement même invalide votre affirmation selon laquelle, si l’effet pouvait être différé de sa cause, la survenue du monde et le retardement de l’acte par rapport à l’Agent seraient possibles ; et si un tel retardement était impossible, il s’ensuivrait soit l’inexistence des événements, soit leur éternité, soit leur production sans producteur – trois impossibilités. Il est donc manifeste que votre prétention à une cause dont l’effet ne se différerait jamais est fausse.
Troisièmement, on dira : la préférence qu’un Agent accorde à l’un des deux côtés du possible plutôt qu’à l’autre est-elle, oui ou non, concevable ? Si elle l’est, le retardement de la création du monde est envisageable, et le Tout-Puissant, doté de volonté, choisit son apparition sans qu’un facteur déterminant supplémentaire soit requis. Si l’on soutient, au contraire, que l’Agent ne peut exercer une telle préférence, il devient alors impossible qu’un Producteur par essence privilégie une chose sur une autre sans motif distinct. Or le monde possède une mesure déterminée, des attributs déterminés et des événements successifs, tous contingents ; leur préférence sur d’autres possibles ne saurait découler d’une existence simple et absolue dont la relation à l’ensemble des possibles serait identique.
Quatrièmement, on dira : ou bien il est possible que des événements surviennent dans l’Éternel, ou bien cela ne l’est pas. S’il est impossible, votre affirmation de l’éternité du monde, au sein duquel se produisent des événements, s’écroule, car les sphères célestes sont le siège d’événements. S’il est possible que des événements se produisent dans l’Être éternel, nécessaire par essence, il devient alors concevable qu’une infinité d’événements ininterrompus se réalise en Lui, dont certains seraient même la condition de l’apparition des autres.