Quant au troisième point, nous dirons qu’il est indispensable d’affirmer la pluralité des significations – c’est-à-dire des attributs – aussi bien pour l’Être nécessaire que pour tout autre existant. Or, malgré l’extrême excès de votre démarche purement négative, vous reconnaissez vous-mêmes qu’Il est un Existant nécessaire ; vous affirmez encore qu’Il est à la fois intelligible, intelligent et intellect, qu’Il est délectable et objet de délectation, aimant, aimé et amour, et bien d’autres descriptions encore.
Les adeptes des religions révélées, pour leur part, s’accordent tous à dire qu’Il est Vivant, Omniscient et Tout-Puissant. Il est évident que quiconque confond le fait d’être Vivant avec le fait d’être Savant, et celui-ci avec le fait d’être Puissant, se situe au rang des plus ignorants, des plus menteurs et des plus sophistes. De même, assimiler la vie au Vivant, la science au Savant et la puissance au Puissant relève d’une confusion qu’une raison saine ne peut accepter, car chaque attribut n’est ni l’autre attribut, ni l’essence même du Sujet qualifié.
Il en va de même pour celui qui identifie l’amour à l’aimant, le délectable à la délectation, ou qui tient pour une seule et même chose l’intellect qui est la source de l’intellection, l’intellection elle-même et l’intelligent subsistant par lui-même : il tombe dans la même obstination, la même ignorance et la même sophistique que précédemment.
Ainsi, quiconque fait des attributs l’Essence subsistante par elle-même, ou identifie chaque attribut à un autre, se range parmi les hommes les plus ignorants, les plus mensongers et les plus sophistes ; il se montre même plus ignorant que les chrétiens qui disent : « Un en essence, trois en hypostases », tout en prétendant que l’hypostase du Verbe s’est unie au seul Messie et qu’Il est « vrai Dieu issu du vrai Dieu ».
En effet, si l’on fait de l’hypostase la même chose que l’Essence qualifiée par les trois attributs, le Messie devient alors le Père ; et si l’on considère cette hypostase comme un attribut, le Messie cesse d’être divin, car un attribut ne crée pas, ne pourvoit pas à la subsistance et ne subsiste pas par lui-même.