Quant à ses accidents, ils existent bel et bien dans la réalité sensible ; ces questions sont d’ailleurs longuement traitées en d’autres passages.
Notre intention, ici, est seulement de signaler l’origine de leur erreur au sujet de la « composition » qu’ils prétendent tenir du genre et de la différence, ou encore de l’accident universel et de la propriété, et de leur affirmation selon laquelle une telle composition serait impossible pour l’Être nécessaire (al-Wâjib al-Wujûd). Or, lorsqu’on comprend qu’il ne s’agit, en vérité, d’aucune composition et que, quoi qu’on l’appelle, il demeure impossible de l’écarter d’un quelconque existant, qu’il soit nécessaire ou contingent, on saisit alors l’égarement de ces gens qui se sont égarés depuis longtemps, ont conduit beaucoup d’autres à l’égarement et se sont détournés de la voie droite.
De même, la prétendue composition de l’essence et des attributs n’est pas un véritable assemblage. L’être humain, qui n’est rien d’autre qu’un vivant doué de raison, ne possède pas une essence dépouillée de ces attributs pour que l’on dise qu’il est composé d’essence et d’attributs ; la réalité de son essence se réduit à n’être qu’un animal raisonnable. De la même façon, le Créateur — exalté soit-Il —, qui n’est rien d’autre que Vivant, Savant et Tout-Puissant, ne possède pas une essence abstraite de ces attributs pour que l’on puisse prétendre qu’Il serait composé d’essence et d’attributs.
Si quelqu’un soutient qu’il est possible de concevoir une essence dépouillée de ses attributs, cette « composition » n’existe que dans son esprit et son imagination, comme nous l’avons montré ; et il est évident que les constructions mentales, rationnelles ou imaginaires, ne sont pas les réalités qui existent à l’extérieur.
Leur discours sur la composition du corps à partir de ses parties sensibles et intelligibles a déjà été exposé ; il est désormais manifeste que la « composition » qu’ils postulent repose sur une erreur, tant dans la formulation que dans le sens. Et quand bien même on leur concéderait le terme de « composition », il resterait impossible de l’écarter d’aucun être, qu’il soit nécessaire ou contingent.
Ainsi se trouvent confirmés les deux points que nous avons établis : premièrement, qu’il ne s’agit nullement d’une composition réelle ; deuxièmement, que, même en supposant que l’on parle de composition, on ne saurait l’écarter d’aucun existant.