fût-ce par volonté ; car ces vocables ne sont, en vérité, que des noms donnés à l’être humain unique, chacun d’eux renvoyant à l’un de ses attributs. L’entité ainsi qualifiée constitue une substance unique, et non pas une pluralité de substances.
Il ressort donc clairement que votre affirmation selon laquelle l’homme existant extérieurement serait composé de ceci et de cela est infondée, quelle que soit la manière dont vous l’énonciez. Et si vous soutenez qu’il ne s’agit que d’une composition intellectuelle, dans l’esprit, on vous répondra : la composition mentale n’est que ce que l’intellect conçoit et pose par hypothèse. Celui qui ne distingue pas entre les réalités effectives extérieures et les fictions de l’entendement se trouve hors du domaine du savoir, errant dans le désert de l’ignorance et de l’égarement.
Tel est l’état de beaucoup d’entre eux : les images mentales se sont confondues pour eux avec les réalités objectives, si bien qu’ils ont cru que ce qui n’existe que dans les esprits était établi dans le monde sensible. La plupart de ce que vous revendiquez comme « données rationnelles » – tels les universaux et les entités immatérielles, comme les dix Intellects, la matière et autres – ne sont que constructions de l’intellect, dépourvues d’existence extrinsèque.
Dans leur « science suprême » et leur « première philosophie », ils ont divisé l’être en substance et accident, accordant à l’accident neuf genres, ainsi que l’a enseigné leur premier maître Aristote, et ont dénommé ces dix divisions les « catégories ». Ils ont pris la substance pour un genre englobant cinq espèces : premièrement les dix Intellects, deuxièmement les âmes, troisièmement la matière, quatrièmement la forme, et cinquièmement le corps. Ils se sont également disputés pour savoir si l’Être nécessaire (Wâjib al-Wujûd) devait ou non être qualifié de substance, exposant deux opinions à ce sujet.
Quant aux quatre éléments que sont les Intellects, les âmes, la matière et la forme – qu’ils tiennent pour les deux composantes constitutives du corps –, lorsqu’on examine la question à fond, on constate qu’il ne s’agit que de notions abstraites posées par l’intellect, sans aucune existence dans la réalité extérieure, à la différence du corps.