qui lui est propre, car les pures négations ne sauraient produire de distinction ; il s’ensuit donc que la composition, faite de ce qui fonde la communauté et de ce qui fonde la différenciation, est bien établie, que vous rangiez le terme « existence » parmi les vocables équivoques, parmi les noms univoques au titre de l’univocité générale, ou parmi les noms univoques au titre de l’univocité particulière.
On dira encore : il est notoire que, lorsque nous affirmons que l’existence se divise en nécessaire et en possible, l’objet du partage est la signification générale et universelle ; or l’universel n’est universel que dans les intelligences, non dans les réalités extérieures. Dès lors, aucune des créatures n’est composée, sous ce rapport, de ce qui la rend commune et de ce qui la différencie ; tout existant, au contraire, est propre aux attributs qui subsistent en lui, de même qu’il est propre à son individuation même : nul autre ne les partage avec lui. Si donc les créatures ne sont pas composées de la sorte, le Créateur l’est, à plus forte raison, exempt de toute composition de cette nature.
Mais vous vous êtes fourvoyés dans votre logique grecque : voyant que l’être humain ressemble aux autres animaux par l’animalité et s’en distingue par la rationalité, et que le cheval leur ressemble par l’animalité et s’en distingue par le hennissement, vous avez déclaré : « L’homme est composé d’animalité et de rationalité ; de même, le cheval est composé d’animalité et de hennissement », ou, en d’autres termes, « d’animalité et de la qualité de hennissant », et ainsi de suite pour toutes les espèces. Vous avez imaginé que cette composition produisait un effet dans l’ordre extérieur. Il s’agit là d’une méprise grave qui s’est glissée dans votre balance rationnelle, cet instrument par lequel vous pesez les concepts intellectuels et que vous avez érigé en norme censée préserver l’intellect de l’erreur.