De plus, si l’Être nécessaire ne se distinguait que par une donnée privative, alors que chacun des êtres contingents se distingue par une détermination affirmative, il en résulterait que tout contingent serait plus parfait que Lui.
Par ailleurs, une négation qui n’implique aucune affirmation positive n’est pas une qualité de perfection ; elle ne devient perfection que lorsqu’elle renferme une affirmation effective, comme dans Sa parole : « Ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent » (Cor. 2 : 255).
Quant aux Muʿtazilites et à ceux qui les ont suivis parmi les postérieurs, tels Abū Ḥāmid [al-Ghazālī], al-Rāzī dans l’une de ses deux opinions, et d’autres, lorsqu’ils déclarent que l’existence nécessaire est un attribut de l’essence — et à ceux qui, parfois, adoptent ce principe en distinguant entre l’existence d’une chose et sa réalité dans l’ordre externe, comme le fait Abū al-Ḥasan b. al-Zāghūnī et ses semblables en certains passages —, leur parole, malgré l’erreur qu’elle comporte, reste meilleure que celle (des philosophes précédemment cités).
S’agissant de l’objection que ceux-ci leur adressent, à savoir que l’existence nécessaire ne peut être un effet, nous leur disons : voulez-vous dire par là que l’existence nécessaire, en elle-même, n’est ni produite ni causée par une cause efficiente ? Ou entendez-vous qu’elle ne saurait être un attribut de la quiddité existante et qu’elle ne pourrait être causée par une cause réceptive, non efficiente ? Ou bien visez-vous autre chose encore ?
Si vous visez la première affirmation, elle est juste ; cependant, notre propos disant que l’existence nécessaire est un attribut de l’essence nécessaire n’implique nullement qu’elle soit l’effet d’une cause efficiente.
Si, en revanche, vous entendez qu’elle ne peut être l’attribut de l’existant, cela est irrecevable : en vérité, l’existence est l’attribut de l’Être nécessaire, comme elle est l’attribut de tout existant.
L’Être nécessaire en soi est celui qui est qualifié par la nécessité, et la nécessité n’est pas, pour sa part, l’Être nécessaire lui-même ; de même, l’existant en soi est l’existant nécessaire, et son existence n’est pas l’Être nécessaire lui-même. Telle est la réponse.