Si, en revanche, l’on entend par « réalité » ce qui se conçoit dans l’intellect – c’est-à-dire l’essence mentale, de même que le triangle est appréhendé par l’esprit avant d’être établi au dehors –, alors l’essence fixée dans les esprits diffère de la réalité existante dans les choses sensibles.
Ainsi, celui qui affirme que l’existence de toute chose est identique à sa quiddité, comme le soutiennent les théologiens partisans de l’affirmation (ahl al-ithbāt), dit vrai s’il vise par là que l’existence établie dans le monde extérieur n’est autre que la quiddité qui s’y trouve effectivement.
De même, celui qui déclare que l’existence de chaque chose est autre que sa quiddité, à l’exemple d’Abū Hāshim al-Jubbāʾī et de ceux qui le suivent, a raison s’il entend que l’existence réalisée au dehors diffère de la quiddité fixée dans l’esprit.
Mais s’ils entendent, comme on le sait de leur doctrine, qu’il existerait dans le domaine externe des quiddités établies – un « non-être » pourtant posé dans son état même d’inexistence – et que l’existence ne serait qu’un attribut surajouté à cette quiddité, ceci est une erreur.
Plus grave encore est l’erreur de certains groupes parmi les philosophes, tels Ibn Sīnā et ses semblables : ils prétendent que, pour l’être contingent, l’existence qu’il possède au dehors est ajoutée à sa quiddité, alors que pour l’Être nécessaire, son existence externe est identique à sa quiddité.
Leur méprise est d’autant plus grande qu’ils se trompent sur deux points : premièrement, ils postulent des réalités dans l’ordre externe autres que les entités réellement existantes ; deuxièmement, ils conçoivent l’existence de l’Être nécessaire comme une existence absolue, dépourvue de toute réalité hormis l’existence pure, soutenant qu’Il ne se distingue d’autrui que par des considérations négatives ou relationnelles. Or ils affirment eux-mêmes, dans leur logique, que les notions de négation et de relation ne différencient pas des coparticipants dans un concept universel positif ; la distinction véritable ne se fait que par des attributs affirmatifs.