Cette question est exposée en détail ailleurs ; nous ne l’avons évoquée ici que parce que de telles considérations constituent l’origine même de la confusion, de la controverse et du trouble dans ces chapitres. Or, si la composition sensible qu’ils attribuent aux corps visibles est déjà invalide, que dire des réalités invisibles dont la véritable nature nous est inconnaissable ? Que dire, à plus forte raison, de la « composition intellectuelle » qu’ils allèguent lorsqu’ils déclarent : « S’il existait pour Lui une réalité (ḥaqīqa), l’existence serait un attribut qui s’y surajouterait ; Il serait donc composé, et l’Existence nécessaire serait causée par autre que Lui » ? On leur répond : bien au contraire, Il possède une réalité propre qui Le distingue de toute autre chose ; de fait, tout existant possède une réalité qui lui est spécifique, et le Créateur en est, à plus forte raison, doté.
Quant à leur affirmation selon laquelle l’existence serait pour cette réalité un attribut additionnel, elle ne pourrait être soutenue que si le terme « existence » (wujûd) n’était que le nom verbal du verbe wajada, de sorte que l’on dirait : wajada wujûdan (« il a trouvé une existence ») ou wajadtahu wujûdan (« tu l’as trouvé existant »).
Or il ne fait aucun doute que, dans la langue, le mot wujûd est bien le nom verbal de wajada – yajidu – wujûdan, comme dans la Parole du Très-Haut : {وَوَجَدَ اللَّهَ عِنْدَهُ}. Cependant, lorsque les gens de raison et de science disent : « Ceci est existant », ils ne visent nullement à signifier qu’un autre l’a « trouvé » ou le « trouve », ni qu’un autre lui aurait conféré une existence qui subsisterait en lui ; ils veulent simplement dire qu’il s’agit d’une réalité ferme, non inexistante ni annulée.
Ainsi, lorsque l’on dit : « Cet homme existe », on n’entend pas qu’il résiderait en lui une « existence » faisant office d’attribut distinct ; notre parole « cet homme existe » signifie plutôt qu’il est établi, réalisé, non inexistant ni dénié. Son existence dans la réalité externe n’est pas une entité ajoutée à son essence qui s’y trouve ; au contraire, la réalité qui constitue son essence présente à l’extérieur est précisément son existence effective dans le monde extérieur.