Il existe à ce sujet trois opinions : premièrement, que le corps serait borné du fait qu’il se ramènerait à l’« atome indivisible » (al-jawhar al-fard) ; deuxièmement, qu’il admettrait la division sans limite ; troisièmement, qu’il admettrait la division jusqu’à une certaine limite, sans qu’il soit besoin d’affirmer l’existence de l’atome indivisible.
La troisième position est la correcte. En effet, postuler un atome indivisible qui ne saurait plus être divisé est invalide à maints égards : il n’est aucun existant dont on ne puisse distinguer une partie d’une autre. De même, affirmer des divisions infinies à l’intérieur de ce qui est circonscrit entre deux bornes est impossible, car l’infini ne peut exister dans le fini ni s’y trouver contenu.
Un corps tel que l’eau, par exemple, peut être effectivement divisé un nombre limité de fois, jusqu’à ce que ses parties deviennent très petites ; lorsqu’elles atteignent ce degré de petitesse, elles se transforment en un autre corps. Il ne subsiste alors plus rien qui puisse être divisé, et l’on n’est nullement face à une division à l’infini : dès que la partie atteint cette extrême finesse, elle subit une mutation et ne se prête plus, en acte, à la division, même s’il demeure en elle une distinction interne.
Or, ce n’est pas parce qu’une distinction est concevable entre deux choses qu’elles doivent forcément se diviser en acte ; il se peut qu’elles en soient incapables et ne puissent subsister lorsque leurs parties deviennent trop menues, se transformant alors en une autre forme. Tout corps existant doit nécessairement posséder une certaine étendue et une qualité déterminée ; si son étendue devient trop faible pour porter cette qualité, il s’agrège à autre chose : soit en se transformant lorsqu’il s’agit d’une autre espèce, soit sans transformation lorsqu’il rejoint une masse de même nature.
Ainsi, la goutte d’eau infime, lorsqu’elle se réduit excessivement, doit inévitablement se changer en air ou en poussière, ou se fondre dans une autre masse d’eau ; autrement, cette goutte minuscule ne saurait demeurer isolée. Il en va de même pour toutes les parties extrêmement petites de tous les corps.