Il faut donc nécessairement qu’il se trouve, hors de l’esprit, des entités réelles subsistantes et abstraites. Car si l’on supposait qu’il existe à l’extérieur une existence absolue, à la condition même de l’absoluité, celle-ci serait un universel compréhensif et englobant, qui posséderait fatalement des instances effectives dans la réalité extrinsèque ; elle embrasserait le Nécessaire et le possible, l’éternel et le contingent, la substance et l’accident, exactement comme toute signification universelle embrasse ses individus, qu’on la qualifie de genre, d’espèce, de différence spécifique, de propriété ou d’accident commun. Il est donc impossible que ces universalités générales soient identiques aux entités existantes qu’elles comprennent.
C’est pourquoi, si l’on admet que l’absolu non conditionné — c’est-à-dire l’universel naturel — existe hors de l’esprit, il n’existe qu’à l’état déterminé, et ce qui est déterminé n’est pas l’absolu. Tout au plus diront-ils qu’il en est une partie ou un attribut ; il s’ensuivrait alors que le Seigneur des mondes serait une partie des créatures ou l’un de leurs attributs.
Ces gens se trompent à deux égards. D’une part, ils s’imaginent qu’il existe, dans la réalité externe, des choses absolues et universelles ; or ce que l’intellect conçoit comme absolu et universel existe certes hors de l’esprit, mais sous une forme déterminée et particularisée. D’autre part, quand bien même on admettrait qu’il y ait à l’extérieur un absolu universel, il ne fait aucun doute que tout être est déterminé, individualisé, spécifique et distinct des autres : ceci n’est pas cela, ni l’existence de l’un l’existence de l’autre. Comment, dès lors, leur existence pourrait-elle être celle du Seigneur des mondes ?
Il faut donc, en tout état de cause, affirmer l’existence d’un Être nécessaire par Lui-même, distinct de cet « absolu », que l’on admette, avec les disciples de Platon, l’existence d’universaux absolus séparés des concrétions, ou que l’on soutienne