Ces choses mêmes qu’ils ont retranchées de l’Être dont l’existence est nécessaire entraînent donc son inexistence et son impossibilité. De ce fait, ils comptent parmi les hommes les plus contradictoires : ils ont en effet qualifié l’Être nécessaire d’Être impossible. C’est pour cette raison qu’ils l’ont conçu comme une existence absolue, à la condition d’être absolue, ou à la condition de nier les attributs positifs, ainsi que l’ont clairement affirmé Ibn Sînâ et ses partisans.
Or, dans leur logique d’inspiration grecque, ils ont établi – ce que la raison évidente reconnaît – que l’absolu, posé à la condition d’absoluité, ne se rencontre que dans les esprits et non dans les réalités extérieures ; il en va ainsi de « l’homme » absolu à condition d’absoluité, du « corps » absolu à condition d’absoluité, ou de « l’animal » absolu à condition d’absoluité. Par là, ils entendaient distinguer cette notion de l’existence qui constitue, selon eux, l’objet de la « première philosophie » et de la sagesse suprême – la science la plus élevée à leurs yeux – laquelle se penche sur l’existence et ses concomitants.
En effet, l’existence se divise en nécessaire et contingent, éternelle et créée, subsistante par soi et subsistante par autre ; le support de cette division est commun aux divers membres. Ainsi, cette existence englobe les deux catégories, le nécessaire et le contingent ; c’est là l’absolu sans condition, l’universel naturel. Pourtant, ils ont fait de l’une de ces deux sections – le nécessaire – l’absolu à la condition d’absoluité. De même ont-ils considéré que le pur néant distingue l’existence nécessaire de l’existence possible, ce qui revient à faire du pur néant un différenciateur essentiel (fasl) ou une propriété spécifique (khâssa). Or cela est également faux : deux choses qui participent à l’existence ne peuvent être distinguées l’une de l’autre que par un élément positif ; et, quand bien même l’on supposerait qu’il s’agisse d’un élément privatif, il s’ensuivrait que l’Être nécessaire