Ce n’est donc pas là le point sur lequel porte notre débat. Mais si l’on entend par là que celui qui a besoin de ce qui fait partie de sa propre essence est contingent par soi-même, cette prétention est irrecevable ; son invalidité est, de surcroît, évidente de façon nécessaire, car son besoin de ce qui entre dans sa propre nature n’est pas plus grand que son besoin de sa nature elle-même. Or, s’il existe par soi-même, en ce sens qu’il n’a pas besoin d’un être distinct de lui, il ne s’ensuit nullement que son essence n’ait pas besoin d’elle-même ; de même, il ne s’ensuit pas qu’il n’ait pas besoin de ce qui relève de la signification même de son nom.
Lorsqu’il est dit : « Il dépend de lui-même », cette expression comporte deux acceptions :
- La première serait qu’il aurait besoin de se produire lui-même, ou quelque chose de semblable. Cela est intrinsèquement impossible, car une chose ne peut être l’agent de sa propre existence, et cette connaissance est intuitive.
- La seconde est que son essence n’existe que par elle-même, qu’elle ne saurait se passer d’elle-même, et qu’il est impossible que son existence se réalise sans elle. Ceci est correct et nécessaire.
De même, si l’on affirme : « Il dépend de ce qui entre dans sa propre essence », qu’on l’appelle attribut, partie ou autrement, nous demandons : veux-tu dire que cette partie serait l’agent qui le produit, ou quelque chose de semblable ? Voilà qui est impossible et vain, et aucun esprit sensé ne le soutiendrait. Mais si tu entends seulement qu’il n’existe qu’avec l’existence de cette [partie], et qu’il est impossible qu’il existe sans elle, alors la nécessité que tu attribues ici est moindre que celle que tu attribues à son essence. Or, si son essence ne peut exister que par elle-même, à plus forte raison ne peut-il exister que par ce qui entre dans son essence. Et si cette nécessité est inéluctable et ne comporte aucune objection, cela vaut, a fortiori, pour le cas précédent. Ainsi, de même que supposer que son essence puisse se passer d’elle-même entraîne son inexistence, supposer qu’il puisse exister sans ce qui est inclus dans la signification même de son être — ce qui lui est indissociablement attaché — entraîne réellement son inexistence.