De même, le terme « ghayr » (l’Autre) peut, selon le contexte, désigner ce qui est séparé d’une chose, tout comme il peut viser ce dont l’on peut connaître la chose en son absence. C’est pour cette raison que, lorsque les gens ont débattu au sujet des attributs d’Allâh – et, plus généralement, de l’attribut de tout être qualifié ou d’une partie de tout composé – pour savoir s’il fallait dire qu’ils sont « autres » que l’Essence ou non, certains ont affirmé : « L’attribut du sujet ainsi que la partie du tout ne sont pas autres que lui, car ils n’existent qu’à travers lui. » D’autres, au contraire, ont déclaré : « Ils sont autres que lui, puisqu’il est possible de connaître le sujet sans eux. » Ce différend n’était, en réalité, qu’une querelle de terminologie.
Aussi, les Salaf et les imâms ont-ils refusé d’appliquer à propos des attributs d’Allâh – Sa Parole, Sa Science, etc. – l’une ou l’autre de ces formules : « Ils sont autres que Lui » ou « Ils ne sont pas autres que Lui. » C’est ainsi que, lors de la controverse de l’épreuve (al-miḥna), lorsque al-Muʿtaṣim chargea son juge ʿAbd al-Raḥmân ibn Isḥâq de discuter avec l’imâm Aḥmad, celui-ci l’interrogea : « Que dis-tu du Coran ? Est-il Allâh ou bien autre qu’Allâh ? » L’imâm Aḥmad le prit à revers par l’exemple de la Science et lui demanda : « Que dis-tu de la Science d’Allâh ? Est-elle Allâh ou bien autre qu’Allâh ? » L’homme resta sans voix ; car, si quelqu’un disait : « Le Coran est Allâh », ce serait une erreur et un acte de mécréance. Et s’il disait : « Il est autre qu’Allâh », on lui répliquerait : « Tout ce qui est autre qu’Allâh est créé. » L’imâm Aḥmad leur opposa donc l’argument de la Science, puisque cette même alternative s’y appliquerait, alors qu’il est interdit de dire : « La Science d’Allâh est créée. » Ce que confirme encore le fait que le Prophète