Or, si le fondement même de leur propos est que l’Artisan est un « producteur par essence », c’est-à-dire une cause parfaite, prééternelle, inséparable de son effet, il s’ensuit qu’aucune partie de cet effet ne saurait être différée par rapport à Lui ; en effet, la cause parfaite entraîne nécessairement son effet, et le producteur par essence est Celui dont l’essence implique inéluctablement ce qu’Il produit et ce qu’Il requiert. Dès lors, rien de ce qu’Il produit ni aucun de Ses effets ne peut survenir après Lui. C’est pour cette raison qu’ils ont soutenu l’éternité du monde ; il s’agit là de leur argument le plus puissant pour défendre la thèse de l’antéternalité du monde.
Ils affirment : « Ce qui apparaît après n’avoir pas existé doit impérativement être provoqué par une cause nouvelle ; à défaut, on en viendrait à préférer l’une des deux faces d’une possibilité sans facteur prépondérant. Or, ce même raisonnement s’applique à cette cause nouvelle, et l’on retombe alors dans une régression infinie, reconnue impossible par l’ensemble des esprits rationnels ; pis encore, on déboucherait sur un cercle vicieux, chose plus impossible encore que la régression disputée. »
S’agissant de la perpétuité des événements, sans commencement ni fin, les avis – chez les musulmans comme chez les autres – se ramènent à trois positions : certains la jugent admissible de façon absolue ; telle est l’opinion des Imams de la Sunna et du hadîth ainsi que des piliers de la philosophie. Toutefois, les musulmans, l’ensemble des adeptes des religions et la majorité des intelligences, toutes catégories confondues, soutiennent que tout ce qui n’est pas Allâh est créé, advenu après n’avoir pas été, quand bien même certains admettent la succession ininterrompue des événements, les uns à la suite des autres.