[Raison de l’appellation « Râfiḍa »] (132)
On les a appelés Râfiḍa parce qu’ils ont rejeté Abû Bakr et ʿUmar, qu’Allah les agrée, alors qu’aucune autre secte égarée ne les a ainsi désavoués. Viennent ensuite, à un degré moindre, les shîʿa, qui placent ʿAlî (133) au-dessus de ʿUthmân, tout en demeurant loyaux envers Abû Bakr et ʿUmar. Quant aux Râfiḍa, leur excès à l’égard de ʿAlî est tel que certains d’entre eux ont adopté vis-à-vis de lui la position que les chrétiens réservent au Messie ; il s’agit des sabbâba (135), partisans de ʿAbd Allâh ibn Sabāʾ (136). À leur propos, al-Himyari a dit :
« Un peuple a outrepassé toute mesure pour ʿAlî [7/a] — qu’ils en soient maudits ! ;
Ils ont imposé à leurs âmes bien des peines par amour pour lui.
Ils ont clamé : “Il est Allah — qu’Allah soit exalté ! — notre Créateur,
loin qu’il puisse être le fils ou le père de qui que ce soit.” »
ʿAlî, qu’Allah l’agrée, les fit brûler vifs (137).
On compte parmi les Râfiḍa al-Mughîra ibn Saʿd, affranchi de Bajîla (138). Al-Aʿmash (139) rapporte : « Je me rendis auprès d’al-Mughîra ibn Saʿd et l’interrogeai sur les mérites de ʿAlî. Il me dit : “Tu n’es pas capable de les supporter.” — “Si, répondis-je.” Alors il mentionna Adam (7) et déclara : “ʿAlî est meilleur que lui”, puis il cita successivement les prophètes (8) en affirmant : “ʿAlî est meilleur qu’eux”, jusqu’à ce qu’il arrive à Muhammad ﷺ et dise : “ʿAlî est son égal.” Je m’écriai : “Tu mens, qu’Allah te maudisse !” Il rétorqua : “Je t’avais bien prévenu que tu ne pourrais l’endurer.” »
D’autres Râfiḍa prétendent que ʿAlî se trouve dans les nuages : lorsqu’un nuage les surplombe, ils s’écrient : « Paix sur toi, Abû al-Hasan. » À ce sujet, un poète (141) a composé :
« Je me suis dissocié des khâridjites, je ne suis pas des leurs ;
ni de l’admirateur d’al-Ghazzâl ni de Ibn Bâb (142).
Ni de ceux qui, lorsqu’ils évoquent ʿAlî,
adressent leurs salutations aux nuages.
Mais j’aime de tout mon cœur — et je sais que c’est la voie droite —
le Messager d’Allah et le Véridique (145) ;
c’est par eux que j’espère demain la belle récompense. » (143) (144)