Quant à la parole : « Celui dont je suis [5/أ] le protecteur, ʿAlî est aussi son protecteur », certains spécialistes du hadith l’ont mise en cause, tels al-Bukhârî (113) et d’autres, tandis que d’autres l’ont jugée recevable, comme Aḥmad ibn Ḥanbal, at-Tirmidhî et d’autres encore.
Que le Prophète ﷺ ait voulu par ces mots une walâya propre à ʿAlî ou qu’il n’ait visé que la walâya commune — c’est-à-dire l’alliance de la foi qu’Allah a instaurée entre les croyants —, il ressort (114) dans les deux cas que ʿAlî, qu’Allah l’agrée, fait partie des croyants pieux (115) qu’il est obligatoire de soutenir. Il n’en va donc pas comme le prétendent les nawâṣib, qui estiment qu’il ne mérite pas cette alliance. Or la loyauté (walâya) s’oppose à l’inimitié ; il ne fait aucun doute qu’il faut être allié de l’ensemble des croyants. ʿAlî figure parmi leurs éminents, tout comme il est obligatoire de soutenir Abû Bakr, ʿUmar, ʿUthmân et tous les Compagnons, émigrés et auxiliaires — qu’Allah les agrée. Il n’est permis de s’opposer à aucun d’eux ; quiconque refuse de leur être allié désobéit à Allah et à Son Messager, et sa foi diminue d’autant qu’il se soustrait à cette alliance requise. Allah — Très-Haut — a dit : « Votre seul allié est Allah, Son Messager et les croyants qui accomplissent la prière, s’acquittent de la zakât et s’inclinent [devant Lui]. Quiconque prend Allah, Son Messager et les croyants pour alliés — le parti d’Allah sera victorieux. » (Al-Mâʾida 5:55-56). Ce verset rend obligatoire l’alliance avec tous les croyants.
Le hadith selon lequel ʿAlî aurait fait l’aumône avec sa bague pendant la prière est, d’après l’accord des spécialistes, un mensonge forgé ; les preuves en ont été exposées sous de nombreux aspects ailleurs (116).
Quant à sa parole prononcée le jour de Ghadîr Khumm : « Je vous rappelle Allah au sujet de ma famille », ce hadith est rapporté par Muslim (117). Il ne s’agit pas là d’un privilège propre à ʿAlî ; il s’applique de la même manière à tous les membres de la famille : ʿAlî, Jaʿfar, ʿAqîl et les descendants d’al-ʿAbbâs. Les plus éloignés de cette recommandation sont les Râfidites : par malheur, ils nourrissent de l’hostilité envers al-ʿAbbâs et sa descendance, et même envers la majorité de la famille du Prophète ﷺ, allant jusqu’à aider les mécréants contre eux, comme ils soutinrent les Tatars contre les califes ʿabbâsides,