Il était donc plus digne que le reste des proches d’être préféré. Or, lorsque Abû Bakr fut placé avant lui malgré la parole : « Ne te suffit-il pas d’être à mon égard ce qu’Aaron était pour Moïse ? », nous comprenons que cette déclaration n’implique pas qu’il tienne le rang d’Aaron sous tous rapports ; si tel avait été le cas, Abû Bakr n’aurait été prioritaire ni pour le pèlerinage ni pour la prière, de même que Moïse n’avait jamais mis quiconque au-dessus d’Aaron. Le Prophète ﷺ n’a assimilé ‘Alî à Aaron qu’en matière de suppléance, fonction qu’il partageait avec d’autres.
Dans un hadith authentique, le Prophète ﷺ a, en outre, comparé Abû Bakr à Abraham et à Jésus, et ‘Umar à Noé et à Moïse (93), lorsqu’ils lui soumirent leurs avis au sujet des prisonniers de Badr : celui-ci plaidait pour la rançon, celui-là pour l’exécution. Cette comparaison est plus considérable encore que l’assimilation de ‘Alî à Aaron, sans pour autant signifier qu’ils égalent ces messagers en tout ; il ne s’agit que d’une ressemblance partielle : l’un par sa douceur pour Allah, l’autre par sa fermeté pour Allah (94) [4/أ]. Les comparaisons fondées sur une similitude partielle abondent dans le Coran, la Sunna et la langue arabe.
Quant à la parole : « Celui dont je suis le maître, ‘Alî est son maître. Ô Allah, sois l’allié de qui l’allie, l’ennemi de qui l’ennemie ; soutiens celui qui le soutient, abandonne celui qui l’abandonne, et fais que la vérité l’accompagne où qu’il se tourne » (95),
ce hadith ne figure dans aucun des grands recueils hormis celui d’al-Tirmidhî (96), et l’on n’y trouve que : « Celui dont je suis le maître, ‘Alî est son maître » (97). Le reste n’appartient pas au hadith. Interrogé à ce sujet, l’imâm Ahmad – qu’Allah lui fasse miséricorde – répondit : « Cet ajout est kûfien » (98).
Il ne fait aucun doute que ce supplément est apocryphe, et ce pour plusieurs raisons.
La première : la vérité ne gravite, après le Messager d’Allah ﷺ, autour d’aucune personne précise – ni Abû Bakr, ni ‘Umar, ni ‘Uthmân, ni ‘Alî, qu’Allah les agrée tous. Si tel était le cas, cette personne occuperait le rang même du Prophète ﷺ et il serait obligatoire de la suivre dans tout ce qu’elle dit. Or il est établi que, sur de nombreuses questions, les compagnons et partisans de ‘Alî discutaient ses avis et ne s’y conformaient pas systématiquement ; l’on trouve même des cas où