Ce hadith renferme trois particularités qu’Abû Bakr ne partage avec personne :
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Sa parole ﷺ : « Parmi les gens, celui dont la compagnie et les biens m’ont été le plus bénéfiques est Abû Bakr. » Elle indique que nul parmi les Compagnons ne possède auprès de lui, pour la fréquentation et le soutien matériel, un droit comparable à celui d’Abû Bakr ﵁.
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Ensuite : « Qu’aucune ouverture latérale ne subsiste dans la mosquée sans être murée, hormis celle d’Abû Bakr. » C’est là une distinction qui lui est réservée à l’exclusion de l’ensemble des Compagnons. Certains imposteurs ont voulu rapporter un propos identique au sujet de ʿAlî ﵁, mais l’authentique établi ne saurait être opposé à un récit faible et fabriqué (53).
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Troisièmement : « Si je devais prendre, parmi les habitants de la terre, un intime, j’aurais pris Abû Bakr pour intime. » Cette parole affirme explicitement que nul être humain ne mérite l’intimité spirituelle (khulla), si celle-ci était possible, hormis Abû Bakr ; si quelqu’un lui avait été supérieur, il aurait été plus digne de cette intimité (54).
Relève encore de ses spécificités l’ordre donné à Abû Bakr de diriger la prière durant la maladie du Prophète ﷺ (55)(56). Aucun autre ne partage cet honneur, car le Prophète n’ordonna jamais à sa communauté, de son vivant et en sa présence, de prier derrière qui que ce fût, sinon derrière Abû Bakr (57).
Il en est de même de la charge qu’il lui confia depuis Médine pour présider au pèlerinage, afin de restaurer la sunna et d’effacer les traces du paganisme ; c’est là encore une distinction propre à Abû Bakr (58).
On citera également cette parole authentique : « Fais venir ton père ou ton frère afin que je rédige un écrit en faveur d’Abû Bakr, de sorte que les gens ne divergent pas après moi. » Puis il ajouta ﷺ : « Allah, ainsi que les croyants, n’agréent personne d’autre qu’Abû Bakr. » (59) — et d’autres textes nombreux (60) montrent qu’aucun Compagnon ne pouvait l’égaler.
(53) Ibn al-Jawzi affirme : « Toutes ses chaînes sont viciées ; ces hadiths ont été fabriqués par les râfidites pour opposer un pendant au hadith d’Abû Bakr figurant dans le Sahih. » – Voir : al-Fawâ’id al-Majmû‘a, p. 316. À l’inverse, Ibn Hajar estime dans al-Qawl al-Mussaddad, p. 16-18, que les hadiths de ce chapitre sont authentiques et que leur convergence lève tout doute. – Selon ‘Abd al-Rahman b. Yahyâ al-Mu‘allimî, note à al-Fawâ’id al-Majmû‘a, p. 317 : « Ibn Hajar, dans al-Qawl al-Mussaddad et le Fath, défend certaines transmissions kûfiennes, mais son propos reste indulgent ; en réalité, aucune n’est exempte de faiblesse. »
À mon sens, la version la plus solide est celle rapportée par al-Nasa’i via Shu‘ba, Abû Balj, ‘Amr b. Maymûn et Ibn ‘Abbâs : « Le Messager d’Allah ﷺ ordonna que l’on condamne toutes les portes donnant sur la mosquée, sauf celle de ‘Ali ». Chaîne authentique : al-Khaṣâ’iṣ, p. 50 (n° 41). – Également dans le Jâmi‘ de al-Tirmidhi, 5/641, n° 3732, Livre des mérites, chapitre des mérites de ‘Ali ; cf. Majma‘ al-Zawâ’id, 9/114-115, et Faḍâ’il al-Ṣaḥâba, 2/581, n° 985.
(54) Le manuscrit lit « aḥadun », faute grammaticale : avec la négation absolue « lâ », le nom doit être à l’accusatif, sans tanwîn, que le copiste a sans doute ajouté. Allah sait mieux.
(55) Le manuscrit porte « yuṣall », forme incorrecte ; le verbe étant au subjonctif, il faut écrire « an yuṣalliya ». L’erreur provient vraisemblablement du copiste. Allah sait mieux.
(56) Le manuscrit indique « fî n-nâs » (« parmi les gens »).
(57) Al-Bukhari, Sahih, Livre des assemblées et de l’imâma, 1/240, n° 646 ; Muslim, Sahih, Livre de la prière, 1/316, n° 420.
(58) Al-Bukhari, Sahih, Livre du pèlerinage, 2/586, n° 1543 ; Muslim, Sahih, Livre du pèlerinage, 2/982, n° 1447.
(59) Al-Bukhari, Sahih (avec Fath al-Bârî), Livre des jugements, 13/205, n° 7217, version : « J’ai failli – ou voulu – faire venir Abû Bakr et son fils pour instituer (une désignation), de crainte qu’un orateur ne parle ou qu’un ambitieux ne convoite ; puis je me suis dit : qu’Allah refuse et que les croyants repoussent – ou qu’Allah repousse et que les croyants refusent. » – Muslim rapporte : « Allah et les croyants n’agréeront personne d’autre qu’Abû Bakr », Sahih, Livre des mérites des Compagnons, chapitre des mérites d’Abû Bakr al-Siddiq, 4/1857, n° 2387.
(60) On cite encore le hadith : « Le soleil ne s’est jamais levé ni couché sur quiconque, après les prophètes, meilleur qu’Abû Bakr al-Siddiq. » – Mention marginale du copiste.
Je note qu’Aḥmad l’a rapporté sous une forme proche dans Faḍâ’il al-Ṣaḥâba, 1/352, n° 508 ; sa chaîne est faible à cause du tadlîs d’Ibn Jurayj et d’un Abû Bakr non identifié.
‘Abd b. Ḥumayd l’a aussi transmis dans al-Muntaḫab, 1/217, n° 212 ; la chaîne contient Abû Sa‘îd al-Bakrî, inconnu, ainsi qu’Ibn Jurayj qui a pratiqué le tadlîs.