Faḍl Abī BakrIbn Taimiya

et encore, par sa parole ﷺ prononcée le jour de Khaybar (41) : « Demain, je remettrai la bannière à un homme qui aime Allah et Son Messager, et qu’Allah et Son Messager aiment ; par sa main Allah accordera la victoire. » Il la confia alors à ʿAlî (42).

Il évoque de même cette parole ﷺ : « Celui dont je suis le maître, ʿAlî est son maître. Ô Allah, sois l’Allié de quiconque l’a pour allié (43), sois l’adversaire de quiconque se fait son adversaire, et fais que la vérité tourne avec lui où qu’il se tourne » (44).

Il invoque encore la déclaration faite à Ghadîr Khumm (45) : « Je vous rappelle Allah au sujet des membres de ma famille » (46).

Il en appelle en outre aux versets divins : « Dis : “Venez, appelons nos fils et les vôtres…” » [Âl ʿImrân 61] ; « Voici deux groupes adverses qui ont disputé au sujet de leur Seigneur » (47) [Al-Hajj 19] ; et : « S’est-il écoulé pour l’homme une période où il n’était même pas une chose mentionnée ? » [Al-Insân 1], affirmant que cette sourate aurait été révélée au sujet de ʿAlî ﵁. Donnez-nous donc votre avis.

Louange à Allah [1/أ], Seigneur des mondes.

Il faut savoir, avant tout, que la prééminence n’est reconnue que lorsqu’il se confirme, chez celui que l’on privilégie, des particularités qui ne se trouvent pas chez celui auquel on le compare. Si deux personnes partagent les mêmes causes de mérite mais que l’une d’elles possède, en plus, des traits exclusifs que l’autre ne partage pas, elle lui est alors supérieure. Quant aux qualités communes, ce sont certes des vertus et des titres de gloire, mais elles ne suffisent pas à établir la supériorité de l’un sur l’autre ; parce qu’elles sont partagées, elles ne constituent pas ses spécificités.

Dans cette optique, les mérites d’as-Ṣiddîq ﵁ se composent précisément de particularités qu’aucun autre ne partage avec lui, tandis que les mérites de ʿAlî ﵁ sont communs entre lui et d’autres.

En effet, le Prophète ﷺ a dit : « Si je devais choisir, parmi les habitants de la terre, un intime, je choisirais Abû Bakr pour intime. Qu’aucune ouverture latérale (48) ne demeure dans la mosquée sans être murée, hormis celle d’Abû Bakr. Parmi les gens, celui dont la compagnie et les biens m’ont été le plus bénéfiques est Abû Bakr » (49). Al-Bukhârî et Muslim l’ont rapporté tous deux dans leurs Ṣaḥîḥs d’après Abû Saʿîd (50) (51). Quant à l’épisode de l’intimité spirituelle (khulla), il est également consigné dans le Ṣaḥîḥ sous plusieurs chaînes de transmission (52).

(41) Khaybar : en langue juive, le terme désigne la « forteresse ». Par la suite, il en vint à nommer tout le district, composé de sept fortins, de terres agricoles et de nombreux palmiers. Le Prophète ﷺ en fit la conquête la septième année de l’Hégire. Le site se trouve à environ 164 km au nord de Médine. Voir : Muʿjam al-Buldan, 2/409 ; Marwiyyât Ghazwat Khaybar, p. 8. (42) Al-Bukhari, Sahih, Livre des expéditions, chap. « Ghazwat Khaybar », 1542, no 3973. La version correspond à celle de l’auteur, sauf qu’al-Bukhari place la formule « qu’Allah accorde la victoire par ses mains » immédiatement après « demain je remettrai l’étendard à un homme… ». (43) L’expression « Allahumma waal » (Ô Allah, sois l’allié de…) figure deux fois dans le manuscrit, la seconde après le mot « wa–laah ». (44) « Celui dont je suis le mawlâ, ‘Ali est son mawlâ. » – At-Tirmidhi, Sunan, Livre des mérites, 5/591, no 3713, par deux chaînes remontant à Shu‘ba ; il le qualifie de ḥadith « Hasan Sahih », et la chaîne est en effet composée de transmetteurs fiables. – An-Nasa’i a rapporté le ḥadith jusqu’à la phrase « et sois l’ennemi de celui qui le combat » dans al-Khasâ’is d’’Ali, éd. Abû Ishâq al-Huwayni, p. 99-100, no 95 ; l’éditeur atteste une chaîne authentique, qu’Ibn Kathîr juge également « bonne » (al-Bidâya wa-n-Nihâya, 5/210). – ‘Abd Allah b. Ahmad l’a également transmis, dans les Zawâ’id du Musnad (1/118), jusqu’à « et humilie celui qui l’abandonne ». L’ensemble complet : « Ô Allah, celui dont je suis le mawlâ, ‘Ali est son mawlâ ; ô Allah, prends pour allié qui le soutient, sois l’ennemi de qui le combat, accorde la victoire à qui le défend et abandonne qui l’abandonne » contient dans sa chaîne Sharik b. ‘Abd Allah an-Nakha‘i, de mémoire défaillante, et ‘Amr Dhî-Mar, inconnu ; la chaîne est donc faible pour cette fin. Ibn Hajar note toutefois que le ḥadith possède « de très nombreuses voies, qu’Ibn ‘Uqda a rassemblées dans un ouvrage spécifique ; nombre d’entre elles sont authentiques ou bonnes ». Al-Dhahabi estime la première moitié du texte mutawâtir et classe le ḥadith comme « Hasan ». Al-Albani authentifie les deux premières formules (« … ‘Ali est son mawlâ. Ô Allah, prends pour allié qui le soutient, et sois l’ennemi de qui le combat »), mais s’interroge sur « accorde la victoire… / abandonne… », faute de chaînes suffisamment solides. Quant au segment final « fais tourner la vérité avec lui où qu’il tourne », at-Tirmidhi (5/592, no 3714) le rapporte par une chaîne jugée « faible et isolée » ; Ibn Hajar classe son transmetteur Muḫtâr b. Nâfi‘ comme « faible ». En conclusion, le ḥadith est authentique jusqu’à « accorde la victoire à qui le défend » ; les ajouts « abandonne celui qui l’abandonne » et « fais tourner la vérité avec lui » ne sont pas établis. (45) Ghadîr Khumm – aujourd’hui appelé « al-Ghuraba » – est un petit étang bordé de quelques palmiers appartenant à une tribu de Ḥarb ; il se situe à huit kilomètres à l’est de la Juhfa. Voir : Muʿjam Maʿâlim al-Ḥijâz, 3/159. (46) Muslim, Sahih, Livre des mérites des Compagnons, 4/1873, no 2408. (47) Le verset cité figure en marge du manuscrit, de la main du copiste. (48) Al-khawkha (plur. khawâkh) : petite porte ressemblant à une large fenêtre, percée entre deux pièces et munie d’un battant. Voir : an-Nihâya, 2/86. (49) Al-Bukhari, Sahih, Livre de la Prière, chap. « La khawkha et le passage traversant la mosquée », 1/558, nos 466-467 ; Muslim, Sahih, Livre des mérites des Compagnons, chap. « Les mérites d’Abû Bakr », 4/1854, no 2382. Formulation la plus proche : « La personne qui m’est la plus bienfaisante par son bien et son compagnonnage est Abû Bakr. Si j’avais dû prendre un intime (khalîl) parmi les gens de la terre, j’aurais choisi Abû Bakr ; mais c’est la fraternité de l’islam. Qu’aucune khawkha ne demeure dans la mosquée, sauf la khawkha d’Abû Bakr. » Une variante d’après Ibn Mas‘ûd : « Si j’avais dû prendre, parmi les gens de la terre, un intime… » (Muslim, no 2383). Une autre version : « Qu’aucune porte ne reste ouverte dans la mosquée, sinon celle d’Abû Bakr. » (Al-Bukhari, 1/558, no 466). (50) Sa‘d b. Mâlik Abû Sa‘îd al-Khudrî : compagnon, fils d’un compagnon, présent à toutes les campagnes postérieures à Uḥud ; mort à Médine en 63 H (ou 64). Voir : at-Taqrîb, p. 232. (51) Al-Bukhari, Sahih, Livre des mosquées, 1/177, no 454 ; Muslim, Sahih, Livre des mérites des Compagnons, 4/1854, no 2382. (52) Parmi les chaînes corroborant ce thème : rapport d’Ibn ‘Abbâs dans al-Bukhari, Livre des mosquées, chap. « La khawkha et le passage », 1/178, et dans le Livre des mérites, chap. « Si j’avais dû prendre un intime », 3/1338 ; rapport d’‘Abd Allah b. az-Zubayr, 3/1338, no 3458 ; Muslim, Sahih, 4/1854-1855, nos 2382-2383, d’après ‘Abd Allah b. Mas‘ûd.
وبقوله ﷺ يوم خيبر (٤١) : ((لأعطين الراية غداً رجلاً يحب الله ورسوله، ويُحِبُّه الله ورسوله يفتح الله على يده)) فأعطاها لعلي (٤٢) . وبقوله ﷺ: ((من كنت مولاه فعليٌّ مولاه، اللهم والِ من والاه (٤٣) ، وعادِ من عاداه، وأدر الحق معه كيفما دار)) (٤٤) . وبقوله يوم غدير خم (٤٥) : ((أُذكركم الله في أهل بيتي)) (٤٦) . وبقوله تعالى: ﴿فقل تعالوا ندع أبناءنا وأبناءكم﴾ الآية [آل عمران ٦١] ، وبقوله تعالى: ﴿هذان خصمان اختصموا في ربهم﴾ (٤٧) [الحج ١٩] وبقوله سبحانه: ﴿هل أتى على الإنسان حينٌ من الدهر لم يكن شيئاً مذكورا﴾ [الإنسان ١] ، ويزعم أن هذه السورة نزلت في علي ﵁ أفتونا. الحمد لله [١/أ] رب العالمين. يجب أن نعلم أولاً أن التفضيل إنما يكون إذا ثبت للفاضل من الخصائص ما لا يوجد للمفضول، فإذا استويا في أسباب الفضل وانفرد أحدهما بخصائص لم يشركه فيها الآخر كان أفضل منه، وأمّا ما كان مشتركا بين الرجل وغيره من المحاسن فتلك مناقب وفضائل ومآثر لكن لا توجب تفضيله على غيره، وإذا كانت مشتركة فليست من خصائصه. وإذا كانت كذلك ففضائل الصديق ﵁ الذي ميّز بها خصائص لم يشركه فيها أحد، وأما فضائل علي ﵁ فمشتركة بينه وبين الناس غيره. وذلك أن قوله ﷺ: ((لو كنت متخذاً من أهل الأرض خليلاً لاتخذت أبا بكر خليلا، لا تبقين في المسجد خوخة (٤٨) إلا سدت إلا خوخة أبي بكر، إن أمنّ الناس عليَّ في صحبته لي وذات يده أبو بكر)) (٤٩) ، أخرجاه في الصحيحين من حديث أبي سعيد (٥٠) (٥١) ، وقصة الخلة في الصحيح من وجوه متعددة (٥٢) .
(٤١) خيبر: لفظ خيبر بلسان اليهود الحصن، وصار يطلق هذا الاسم على الولاية وتشتمل على سبعة حصون ومزارع ونخيل كثيرة فتحها النبي ﷺ سنة سبع من الهجرة، وتقع شمال المدينة بحوالي ١٦٤ كيلا. انظر: معجم البلدان ٢/٤٠٩، مرويات غزوة خيبر ص٨. (٤٢) البخاري: الصحيح، كتاب المغازي باب غزوة خيبر /١٥٤٢ رقم ٣٩٧٣. وهو بلفظ المصنف غير أنه قدم قوله: ((يفتح الله على يديه)) فجعله بعد قوله ((غدا رجلا)) . (٤٣) قوله ((اللهم وال)) تكرر في الأصل، بعد قوله: ((والاه)) . (٤٤) قوله: ((من كنت مولاه فعلي مولاه)) أخرجه الترمذي في سننه، كتاب المناقب ٥/٥٩١ رقم ٣٧١٣، من طريقين عن شعبة. وقال: هذا حديث حسن صحيح، وهو كما قال، ورجال الإسناد كلهم ثقات. وأخرجه إلى قوله: ((وعاد من عاداه، وانصر من نصره)) الإمام النسائي في خصائص أمير المؤمنين علي بن أبي طالب، بتخريج أبي إسحاق الحويني ص٩٩، ١٠٠ رقم (٩٥) قال المحقق: إسناده صحيح، وقد نقل عن ابن كثير في البداية والنهاية (٥/٢١٠) قوله: ((وهذا إسناد جيد)) . وأخرج عبد الله ابن أحمد في زوائده على المسند (١/١١٨) إلى قوله: ((واخذل من خذله)) . قلت: وتمامه: ((اللهم من كنت مولاه فعلي مولاه، اللهم وال من والاه وعاد من عاداه وانصر من نصره واخذل من خذله)) وفي سنده: شريك بن عبد الله النخعي، وهو سيئ الحفظ، وعمرو ذي مر وهو مجهول. قال الحافظ ابن حجر: ((وأما حديث ((من كنت مولاه فعلي مولاه)) فقد أخرجه الترمذي والنسائي، وهو كثير الطرق جدا، وقد استوعبها ابن عقدة في كتاب مفرد، وكثير من أسانيدها صحاح وحسان)) اهـ. وقال الذهبي في السير (٨/٣٣٤، ٣٣٥) : ((هذا حديث حسن ومتنه متواتر)) يعني به الشطر الأول منه فقط. وقد حسّن الشيخ الألباني ﵀ الشطرين الأولين: ((من كنت مولاه فعلي مولاه، اللهم وال من والاه وعاد من عاداه)) ثم قال: ((وأما قوله في الطريق الخامسة من حديث علي ﵁: ((وانصر من نصره واخذل من خذله)) ففي ثبوته عندي وقفة لعدم ورود ما يجبر ضعفه، وكأنه رواية بالمعنى للشطر الآخر من الحديث: ((اللهم وال من والاه وعاد من عاداه)) الصحيحة ٤/٣٤٣، ٣٤٤ رقم (١٧٥٠) . قلت: وقد تقدم أن الحديث بشطر ((وانصر من نصره)) أيضاً ورد بسند صحيح رجاله كلهم ثقات، أما قوله: ((واخذل من خذله)) فلم أقف عليه بسند صحيح إلا ما أخرجه عبد الله بن الإمام أحمد في زوائد المسند (١/١١٨) وفيه: شريك بن عبد الله القاضي النخعي الكوفي، وهو صدوق يخطئ كثيرا، وفيه أيضاً عمر بن ذي مر، وقد ترجمه البخاري في الكبير (٣/٢/٣٢٩-٣٣٠) وقال: ((لا يعرف)) وكذا قال العقيلي، وذكره ابن أبي حاتم في الجرح والتعديل، ولم يذكر فيه جرحا ولا تعديلا، فهو مجهول، ولذا فالحديث بهذه الزيادة ضعيف. والشطر الأخير: ((وأدر الحق معه كيفما دار)) فقد أخرجه الترمذي في جامعه (٥/٥٩٢) (٣٧١٤) كتاب المناقب، باب مناقب علي ﵁ بلفظ: ((اللهم أدر الحق معه حيث دار)) وقال: ((هذا حديث غريب، لا نعرفه إلا من هذا الوجه، والمختار ابن نافع شيخ بصري كثير الغرائب)) . وقال الحافظ في التقريب رقم ٦٥٢٥: ضعيف. قلت: فهذا الشطر ضعيف لم يثبت من وجه يصح. فيكون الحديث صحيحا إلى قوله: ((وانصر من نصره)) أما ما عدا ذلك وهو قوله: ((واخذل من خذله، وأدر الحق معه كيفما دار)) فلم يثبت. (٤٥) غدير خم يعرف الآن باسم (الغُرَبَة) ، وهو غدير عليه نخل قليل لأناس من حرب، ويقع شرق الجحفة على ثمانية أكيال. معجم معالم الحجاز ٣/١٥٩. (٤٦) مسلم: الصحيح، كتاب فضائل الصحابة ٤/١٨٧٣ رقم ٢٤٠٨. (٤٧) الآية في الأصل بالهامش بخط الناسخ. (٤٨) الخوخة - بفتح الخاءين - باب صغير كالنافذة الكبيرة، وتكون بين بيتين ينصبُ عليها باب. النهاية ٢/٨٦. (٤٩) البخاري: الصحيح، كتاب الصلاة، باب الخوخة والممر في المسجد ١/٥٥٨ مع الفتح، رقم ٤٦٦ و ٤٦٧. مسلم: الصحيح، كتاب فضائل الصحابة، باب فضائل أبو بكر الصديق ٤/١٨٥٤ رقم ٢٣٨٢ بلفظ - وهو أقرب لفظ للفظ المصنف -: ((إن أمنّ الناس عليّ في ماله وصحبته أبو بكر، ولو كنت متخذا خليلا لاتخذت أبا بكر خليلا، ولكن أخوة الإسلام، لا تبقين في المسجد خوخة إلا خوخة أبي بكر)) . وفي لفظ عنده من حديث عبد الله بن مسعود: ((لو كنت متخذا من أهل الأرض خليلا ... )) . مسلم: الصحيح رقم ٢٣٨٣. وفي رواية: ((لا تبقينّ في المسجد باب إلا سُدّ إلا باب أبي بكر)) . البخاري مع الفتح ١/٥٥٨، رقم ٤٦٦ كتاب الصلاة باب الخوخة والممر في المسجد. (٥٠) سعد بن مالك أبو سعيد الخدري، الأنصاري، له ولأبيه صحبه، شهد ما بعد أحد، وتوفي بالمدينة سنة ثلاث وستين، وقيل أربع وستين. التقريب ص٢٣٢. (٥١) البخاري: الصحيح، كتاب المساجد ١/١٧٧ رقم ٤٥٤. مسلم: الصحيح، كتاب فضائل الصحابة ٤/١٨٥٤ رقم ٢٣٨٢. (٥٢) من ذلك: ما رواه ابن عباس ﵄ في صحيح البخاري، كتاب المساجد باب الخوخة والممر في المسجد ١/١٧٨، وفي فضائل الصحابة، باب قول النبي ﷺ: ((لو كنت متخذا خليلا)) ٣/١٣٣٨، وعن عبد الله بن الزبير ٣/١٣٣٨ رقم ٣٤٥٨. ومسلم: الصحيح، كتاب فضائل الصحابة ٤/١٨٥٤، ١٨٥٥ رقم ٢٣٨٢ و ٢٣٨٣ عن عبد الله ابن مسعود.

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