Or, cet amour et cette faculté de sentir qu’Allah a déposés dans les âmes sont la racine de toute beauté et de toute laideur, de tout éloge comme de tout blâme. En vérité, sans cette perception—grâce à laquelle on aime l’être aimé et l’on hait ce qui répugne—il n’existerait aucun mouvement volontaire susceptible d’animer, de son propre gré, la moindre créature vivante ; il n’y aurait ni ordre ni interdiction, ni récompense ni châtiment. La récompense n’est, au fond, que ce dont les âmes se délectent et jouissent, tandis que le châtiment n’est que ce que les âmes abhorrent et endurent ; or tout cela ne vient qu’après la perception. Ainsi, perception, amour et aversion sont la source de tout ce que l’être vivant connaît ici-bas comme dans l’au-delà ; c’est par eux que prennent tout leur sens l’ordre et l’interdiction, la promesse et la menace.
Ces ordres et interdictions, ces promesses et menaces, parachèvent la disposition naturelle (fitra), et chacune de ces deux réalités prête secours à l’autre : la sharî‘a parachève la fitra naturelle, et celle-ci constitue le point de départ et l’appui de la foi dans la Loi révélée et de la mise en pratique de celle-ci. Quiconque adopte la religion qui le réforme devient, dans l’au-delà, des gens des œuvres pies ; quant au malheureux, c’est celui qui ne suit pas la religion et ne réalise pas les œuvres qu’apporte la sharî‘a. Voilà la réalité, et Allah est plus savant.