Il ne fait en réalité que rejeter ce que son oreille n’a pas pris l’habitude d’aimer. De même, un « hadith rejeté » (munkar) pour les spécialistes de la tradition est celui qu’ils n’avaient encore jamais entendu de sorte à l’apprécier pour son authenticité et sa véracité ; une fois qu’il leur parvient, ils le récusent aussitôt après l’avoir examiné.
Le propos, ici, est donc que l’amour de ces œuvres vertueuses n’est pas blâmable, mais louable. Celui qui les accomplit par amour n’est ni répréhensible ni passible d’un châtiment, et l’on ne saurait prétendre qu’il agit « pour un autre qu’Allah » au point de le ranger parmi l’ostentatoire et l’associationniste ; voilà, précisément, l’associationnisme réprouvé.
Quant à celui qui les accomplit uniquement par inclination naturelle, il n’est pour autant ni associationniste ni même quelqu’un qui cherche, par ces actes, à se rapprocher d’Allah de manière à mériter la récompense de celui qui agit et adore pour Lui. Allah peut toutefois le gratifier de différentes formes de rétribution : Il peut augmenter pour lui ces actions ou leurs semblables, si bien qu’il en jouisse ici-bas. C’est pourquoi le mécréant reçoit, dès ce monde, la récompense de ses bonnes œuvres, alors même qu’il ne cherchait pas à se rapprocher d’Allah. Si toute bonne action accomplie sans la vouloir pour Lui était blâmable et passible de punition, le mécréant ne serait pas nourri de ses bonnes œuvres dans cette vie ; celles-ci deviendraient des fautes plutôt que des mérites. Or, puisqu’il peut en profiter et s’en nourrir ici-bas, il se peut que l’un des fruits, effets et salaires de ces œuvres, dans ce monde même, soit qu’Allah le guide à les accomplir ensuite pour se rapprocher de Lui ; il en recevra alors une récompense bien plus grande dans l’au-delà.
Cela illustre la parole de certains pieux prédécesseurs : « Nous avons recherché la science pour autre qu’Allah, mais elle a refusé d’être autre chose que pour Allah. » De même, lorsqu’on dit à l’un d’eux : « Ils étudient le hadith sans intention déterminée », il répondit : « Leur étude en est déjà une. » Autrement dit, le simple fait de rechercher la science est, en soi, une bonne action qui leur est profitable. On tint de tels propos à propos de la science en raison de sa spécificité : elle est le guide qui oriente. Lorsqu’on la recherche par amour et qu’on l’acquiert, elle apprend à l’homme la sincérité envers Allah et l’action vouée à Lui.
C’est pourquoi d’autres encore ont dit : « Il s’agit du premier regard, celui qui constitue l’introduction à la gnose. » En effet, la visée et l’intention supposent la connaissance de Celui vers qui l’on se tourne ; si l’on ne Le connaît pas encore, comment pourrait-on se rapprocher de Lui ? Quand donc un homme réfléchit—par amour ou pour toute autre raison—et qu’il en vient à connaître la Divinité qu’il recherche, il devient alors légitime qu’il L’adore et L’ait pour but.
Il en va de même pour la sincérité : comment serait-il possible d’être sincère quand on ignore ce qu’est la sincérité ? Si l’acquisition de la science de la sincérité n’était envisageable qu’au moyen de la sincérité elle-même, on tomberait dans un cercle vicieux ; la connaissance précède en effet la volonté et l’intention—qu’il s’agisse de sincérité ou d’autre chose—et il ne peut y avoir ni volonté ni visée tant que la connaissance n’est pas acquise.
Dans cette perspective, ce qu’a rapporté de lui-même l’imam Aḥmad est louable ; il décrit l’état d’âmes droites et dignes d’éloge.