Et si on leur objecte : « Affirmer une telle chose est impossible selon l’évidence même de la raison », ils répondent : « Au contraire, c’est possible ; la preuve en est que les notions universelles existent bel et bien, alors même qu’on ne peut les montrer du doigt. » Ils omettent pourtant que ces universaux n’existent comme tels que dans les esprits, non dans la réalité sensible ; ils fondent donc tout ce qu’ils avancent au sujet de l’origine et du retour sur cette chimère dont la fausseté n’échappe pas même aux simples ignorants.
[La cause du trouble]
Le trouble qui agite aussi bien les négateurs que les affirmateurs à propos de l’esprit est considérable. Il tient au fait que l’esprit – ce que les philosophes nomment l’âme raisonnable – n’est ni de la même nature que ce corps, ni de celle des éléments ou des composés issus d’eux ; il relève d’un ordre tout différent. Les premiers ne le définissent donc qu’au moyen de négations destinées à souligner sa dissemblance avec les corps observables, tandis que les seconds le rangent parmi ces mêmes corps observables. L’une et l’autre positions sont erronées.