On leur rétorquera : « Lorsque vous déclarez que l’Être nécessaire est, à la fois, existence nécessaire, intellect, intelligent et intelligible ; amant et aimé ; délice, jouisseur et plaisir, n’admettez-vous pas, ce faisant, que la notion saisie de l’un diffère de la notion saisie de l’autre ? Ce sont en effet, dans l’esprit, des significations multiples et distinctes ; pour vous, cela constitue une composition, et pourtant vous l’affirmez et l’appelez “tawḥîd” (l’unicité).
S’ils répliquent : “Il s’agit réellement d’unicité ; une telle composition n’est pas impossible”, on leur répond : De même, le fait que l’Essence soit qualifiée par Ses attributs inséparables relève véritablement de l’unicité et n’a rien d’une composition impossible.
Il est en effet évident, par une raison claire, que le sens d’“être savant” n’est pas celui d’“être puissant”, et que l’essence même d’un être n’est pas identique au fait d’être savant et puissant. Celui qui soutient qu’un attribut serait un autre attribut, ou que l’attribut serait le sujet même auquel il se rapporte, verse dans la plus grossière des sophisteries et se contredit : s’il l’admet, il lui faut aussi admettre que l’existence de telle chose soit l’existence de telle autre, de sorte que l’existence ne ferait plus qu’une numériquement, non pas seulement par l’espèce.
Dès lors, si l’existence du contingent était celle du Nécessaire, l’existence de chaque créature – qui passe de l’inexistence à l’existence, puis de l’existence au néant – serait la même que celle du Vrai, éternel, permanent et subsistant, qui ne saurait être anéanti.