de la perception de certaines réalités plutôt que d’autres ; or, même si la personne soumise à ces états voit ses facultés de discernement s’affaiblir, cette déficience n’aboutit jamais au point où toute distinction disparaîtrait absolument.
Celui donc qui nie, dans cette situation, toute capacité de discernement et qui exalte pareille station se trompe aussi bien sur la réalité cosmique que sur la réalité religieuse, du point de vue du décret créateur comme de la prescription légale : il se méprend à la fois sur l’œuvre de Dieu et sur Son commandement. Il s’imagine qu’un tel état existe alors qu’il n’existe pas, et il le croit digne d’éloge, alors qu’il n’y a aucun mérite dans la perte du discernement, de la raison et de la connaissance.
Ainsi, lorsque tu entends certains maîtres dire : « Je veux ne pas vouloir », ou encore : « Le gnostique n’a aucune part », ou bien : « Il devient tel un mort entre les mains du laveur », et propos semblables, sache que l’on ne loue en eux que l’abandon d’une volonté que Dieu n’a pas ordonné d’avoir, l’absence d’un intérêt personnel qu’Il n’a pas ordonné de poursuivre, et qu’ils se montrent pareils à un cadavre uniquement pour ce qui concerne la recherche de ce qu’Il n’a pas commandé de rechercher et le fait de repousser ce qu’Il n’a pas commandé de repousser.
Quant à celui qui entend par là que toute volonté s’éteint complètement, que l’homme ne ressent plus ni plaisir ni douleur, ni le bénéfique ni le nuisible, il s’oppose aux évidences mêmes de la sensation et de la raison ; et quiconque fait l’éloge d’un tel état contredit les évidences de la religion et de l’intelligence.