[L’existant est soit le Créateur soit la créature, et chacun possède une existence qui lui est propre]
Il est en effet établi, par la nécessité même de la raison, qu’il doit exister un Être éternel qui se suffit à Lui-même. Nous voyons, en effet, apparaître des êtres produits tels que l’animal, le minéral ou le végétal ; or tout phénomène survenu est contingent (mumkin), ni nécessaire ni impossible. Il est également certain que tout produit requiert un producteur et que tout contingent a besoin d’un être nécessaire (wâjib). Le Très-Haut dit : « Ont-ils été créés à partir de rien ? Ou sont-ils eux-mêmes les créateurs ? » (Coran 52, 35). Puisqu’ils n’ont pas été créés sans Créateur et qu’ils ne se sont pas créés eux-mêmes, il faut bien qu’un Créateur les ait créés.
[Le partage d’un même nom n’implique pas l’identité des réalités désignées]
Or, puisqu’il est nécessairement admis que, dans l’ordre de l’existence, il y a d’une part un Être éternel, nécessaire par Lui-même, et d’autre part un être survenu, contingent, susceptible aussi bien d’exister que de ne pas exister, on constate que l’un et l’autre sont « existants ». Pourtant, le fait qu’ils se rejoignent dans l’appellation « existence » n’implique nullement que l’existence de l’un soit semblable à celle de l’autre ; l’existence de chacun lui est propre. Le partage d’un nom générique n’entraîne pas l’égalité des réalités qu’il désigne, que l’on considère cette appellation sans restriction ou sous quelque forme de détermination que ce soit. Ainsi, aucun esprit sensé ne dirait, lorsqu’on affirme que le Trône est une chose existante et que le moustique est une chose existante, que l’un est identique à l’autre pour la seule raison qu’ils se rencontrent dans le terme « chose ».