Cinquième réponse : on dira : Vous avez cantonné l’opposition entre la privation (ʿadam) et la possession (malaka) au seul cas où le sujet peut, en principe, recevoir l’attribut de façon affirmative. Or, si par « possibilité » vous entendez la possibilité concrète – c’est-à-dire le fait qu’on sache que l’attribut existe effectivement, dans la réalité extérieure –, votre thèse se trouve infirmée à deux égards.
Premièrement, il en découlerait que les corps inertes ne pourraient être qualifiés ni de vivants ni de morts, ni de parlants ni de muets ; tel est bien, de votre aveu, le résultat de votre convention. Mais ce n’est là qu’un pur artifice terminologique, car, dans l’usage arabe, on attribue bel et bien la mort et le silence aux choses inanimées.
Le Coran l’atteste quand il dit : « Ceux qu’ils invoquent en dehors d’Allah ne créent rien alors qu’ils sont eux-mêmes créés ; ils sont morts, dépourvus de vie, et ne se rendent pas compte du moment où ils seront ressuscités » (Coran 16 : 20-21). Il s’agit là des idoles, des objets inanimés qualifiés de morts.
De même, les Arabes divisent la terre entre ce qui est « vivant » et ce qui est « mort ». Les lexicographes expliquent que al-mawātān – littéralement « les morts », antonyme de ḥayawān (« les vivants ») – désigne les terres et les bâtiments ; on dit : « Achète le mawātān, n’achète pas le ḥayawān », c’est-à-dire : « Acquiers terres et demeures, non esclaves ni montures. » Ils ajoutent encore que al-mawāt est « ce qui est dépourvu d’âme ».