Troisième réponse : la division exhaustive s’énonce ainsi : deux opposés se distinguent soit par la négation et l’affirmation, soit non ; dans ce dernier cas, ils sont tous deux affirmatifs ou tous deux négatifs. Le premier cas correspond aux contradictoires. Dans le second, soit le support peut être privé des deux opposés, soit il ne le peut pas. Dans la première éventualité, on parle de contraires, comme la noirceur et la blancheur ; dans la seconde, on a affaire, au fond, à des contradictoires quoique les deux attributs soient affirmatifs : la nécessité et la contingence, la temporalité (création) et l’éternité sans commencement, la subsistance par soi et la subsistance par autrui, la séparation et la proximité, et d’autres paires analogues.
Il est manifeste que la vie et la mort, la surdité, le mutisme et l’audition n’appartiennent pas à la catégorie des attributs dont, si le sujet en est dépourvu, on puisse le qualifier d’un troisième état intermédiaire – comme la rougeur qui se rencontre là où ni la noirceur ni la blancheur ne sont présentes. Il en découle que le sujet ne peut jamais être privé des deux à la fois ; si l’un fait défaut, l’autre s’impose nécessairement.
Quatrième réponse : un support qui n’est pas apte à recevoir la vie, la science, la puissance, la parole et assimilés est plus déficient qu’un support qui peut les recevoir mais en est dépourvu ; c’est pourquoi la pierre et ce qui lui ressemble sont inférieurs à un être vivant, fût-il aveugle.
Dès lors, si l’on affirme que le Créateur est exempt de la négation de ces attributs tout en admettant qu’Il peut les posséder, il est, à plus forte raison, nécessaire de Le déclarer exempt de l’impossibilité même de les recevoir. Car, s’Il peut les recevoir, l’exclusion simultanée des deux opposés est impossible et Il ne peut être qualifié de défaut ; Il doit donc nécessairement posséder les attributs de perfection. Dans l’hypothèse inverse, où l’on soutiendrait qu’Il est incapable de les recevoir, Il ne pourrait être qualifié ni par les attributs de perfection ni par ceux de défaut, ce qui est encore plus inconcevable. Il est donc établi que Sa qualification par ces attributs est possible, et même nécessaire ; tel était le but recherché, et la démonstration s’en trouve pleinement confirmée.