Sache que l’on peut ériger cette démarche en méthode autonome pour établir les attributs de perfection qui Lui conviennent : ou bien ils Lui sont nécessaires, ou bien ils Lui sont impossibles. La deuxième hypothèse étant caduque, la première s’impose ; car considérer qu’Il puisse les recevoir tout en en étant dépourvu reviendrait à les ranger dans la simple possibilité, ce qui est inconcevable à Son sujet. Cette voie est d’ailleurs bien connue de ceux des dialecticiens qui l’ont suivie.
Deuxième réponse : si l’on admet leur raisonnement, lorsque nous disons : « Zayd est soit raisonnable soit non raisonnable, soit savant soit non savant, soit vivant soit non vivant, soit parlant soit non parlant », et autres énoncés où l’on nie un attribut d’un sujet capable de le porter, cela ne relèverait pas, prétendent-ils, de l’opposition entre affirmation et négation.
Or il est manifeste que cela contredit l’évidence, l’accord des esprits sensés ainsi que les principes qu’eux-mêmes exposent dans la logique et ailleurs.
Chacun sait en effet que de telles propositions s’opposent de manière contradictoire : la vérité de l’une implique nécessairement la fausseté de l’autre ; elles ne sauraient être vraies ou fausses simultanément. Toutes les conditions du contradictoire y sont donc réunies.
Leur ultime distinction consiste à dire : si l’on affirme « il est soit voyant soit non voyant », il s’agit d’une affirmation et de sa négation ; mais si l’on énonce « il est soit voyant soit aveugle », ce serait, selon eux, une relation de possession et de privation.
Il ne s’agit là que d’une querelle de mots, car le sens est identique dans les deux formulations. Il apparaît donc que nous sommes bien devant un type d’opposition affirmation/négation ; c’est pourquoi leur définition, selon laquelle dans ce type d’opposition il serait impossible que l’un des deux termes se transforme en l’autre, se trouve infirmée : ici, une telle transformation est tout aussi concevable que lorsque l’on emploie le terme « cécité ».