Et cela, en plus d’être infondé, est contradictoire : en effet, si nous n’en tirons strictement rien, il n’est pas admissible de prétendre qu’il possède un taʾwîl — c’est-à-dire une interprétation — qui contredirait le sens apparent sans lui correspondre. Il se peut fort bien, en effet, qu’il recèle un sens juste, et ce sens juste ne serait nullement opposé à un sens apparent connu de nous, puisque, d’après leur propre thèse, ce passage n’a pas de sens apparent. Dès lors, le fait qu’il renverrait à ce sens ne constituerait pas une indication contraire au sens apparent ; ce ne serait donc pas un taʾwîl.
De même, il n’est pas permis de nier qu’il renvoie à des significations que nous ne connaissons pas ; ces significations pourraient fort bien nous échapper. Par ailleurs, si déjà nous ne saisissons ni l’expression ni l’intention qu’elle vise, il est d’autant plus improbable que nous connaissions les significations auxquelles l’expression ne renvoie pas ; car la capacité d’un terme à suggérer ce qu’il veut dire est plus forte que sa capacité à suggérer ce qu’il ne veut pas dire. Ainsi, si un terme n’induit aucun sens et que l’on ne puisse rien en comprendre, il ne saurait indiquer ce qui était voulu ; a fortiori n’indiquera-t-il pas ce qui n’était pas voulu.