Quant à ceux qui ont confondu l’existence du Créateur avec celle des créatures – au point de croire que l’existence de celles-ci serait Son existence même –, ils sont, en matière de confusion, les plus égarés des hommes. De fait, les êtres existants partagent tous le nom d’« existence » ; ils en ont conclu qu’il n’y avait qu’une seule et même existence, sans distinguer entre l’unité numérique (un en soi) et l’unité spécifique (un par espèce).
D’autres ont cru que, si l’on affirme que les créatures se rejoignent dans le terme d’« existence », on tombe nécessairement dans le tashbîh (assimilation) et la composition. Ils ont donc soutenu que le mot « existence » n’est qu’un simple homonyme, contredisant ainsi ce sur quoi tous les gens doués de raison s’accordent, malgré la diversité de leurs écoles : l’existence se divise en éternelle et en contingente, et comporte d’autres subdivisions encore.
Une troisième faction s’est imaginé que, puisque les choses existantes ont un nom commun, il fallait qu’il y eût, hors de l’esprit, un être réellement partagé. Ils ont alors prétendu qu’il existe, en dehors des représentations mentales, des universaux absolus : une existence absolue, un animal absolu, un corps absolu, etc. Ce faisant, ils se sont mis en contradiction avec la sensation, la raison et la Révélation, transférant dans la réalité extérieure ce qui n’existe qu’à l’état d’idée. Tout cela relève, en fin de compte, des diverses formes de confusion.