— et il ne s’agit pas, pour autant, d’un phénomène comparable au mélange de l’eau avec le lait, de l’eau avec le vin ou de toute autre combinaison analogue. En réalité, ce qui « s’identifie », c’est la visée et l’amour : la volonté de l’amant s’aligne sur celle du Bien-Aimé, l’attirance comme la répulsion se confondent. Ainsi, l’un aime ce que l’autre aime, déteste ce qu’il déteste, agrée ce qu’il agrée, se courrouce de ce qui le courrouce, rejette ce qu’il rejette, se lie d’amitié avec ceux dont il est l’ami et prend pour ennemis ceux qu’il prend pour ennemis.
Or, toute forme de fanâ’ de cette espèce demeure entachée d’imperfection.
Les plus illustres des saints — Abû Bakr, ʿUmar, ainsi que les tout premiers à avoir devancé les autres parmi les Émigrés et les Auxiliaires — n’ont jamais connu ce genre de fanâ’, et à plus forte raison ceux qui leur sont supérieurs, les prophètes. Ces manifestations n’apparurent qu’après les Compagnons.
Il en va de même de tout état apparenté, caractérisé par une éclipse de la raison et l’absence de discernement quant aux influences spirituelles qui visitent le cœur.
Les Compagnons — qu’Allah les agrée — étaient, en effet, plus parfaits, plus forts et plus stables dans leurs états de foi que de voir leur entendement s’absenter, ou d’être frappés d’évanouissement, de saisissement, d’ivresse mystique, de fanâ’, de stupeur amoureuse ou de folie.
Les prémices de ces phénomènes se manifestèrent plutôt chez certains Tâbiʿîn, parmi les dévots de Bassora : on y voyait des hommes s’évanouir à l’audition du Coran, et même mourir, tel Abû Juheir l’Aveugle.