car l’amoureux craint de voir disparaître l’objet de sa quête ou de ne pas obtenir ce qu’il désire ; ainsi, le serviteur d’Allah, animé d’amour pour Lui, ne vit‐il qu’entre la crainte et l’espérance, comme l’a dit le Très-Haut [17 Al-Isrâ’, 57] : « Ceux qu’ils invoquent recherchent, eux aussi, un moyen de se rapprocher de leur Seigneur – lequel d’entre eux sera le plus proche – ils aspirent à Sa miséricorde et redoutent Son châtiment ; certes, le châtiment de ton Seigneur est redoutable. »
Lorsqu’un serviteur est d’une sincérité exclusive envers Allah, son Seigneur le choisit, ranime son cœur et l’attire vers Lui ; tout ce qui contredit cette orientation – le mal et la turpitude – s’éloigne alors de lui, et il redoute de retomber dans l’opposé. À l’inverse, le cœur qui n’a pas voué cette sincérité à Allah contient un désir, une volonté et un amour sans boussole : il s’éprend de tout ce qui se présente et s’accroche à ce qu’il convoite, tel un rameau que fait ployer la moindre brise. Tantôt des images interdites, voire permises, l’aimantent ; il demeure alors captif, esclave d’un être que, s’il le réduisait lui-même en esclavage, ce serait pour lui honte, carence et blâme.
D’autres fois, ce sont le prestige et la préséance qui l’attirent : une simple parole le réjouit, une autre l’irrite ; celui qui le flatte, fût-ce à tort, l’asservit, et il se montre hostile envers celui qui le critique, même avec raison.
Parfois encore, ce sont le dirham, le dînâr et autres biens qui asservissent les cœurs et qu’ils convoitent ; l’homme fait alors de sa passion une divinité et la suit sans aucune guidée d’Allah.
Ainsi, quiconque n’est pas exclusivement dévoué à Allah – dont le cœur ne s’est pas fait temple pour son Seigneur, l’Unique sans associé, de sorte qu’Allah lui soit plus cher que tout et qu’il s’humilie devant Lui dans la soumission – sera immanquablement asservi par les créatures.